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Aménagement des berges rive droite

2 novembre 2015

Le projet présenté par notre groupe pour les Parisiens en mai 2015.

Le prochain Conseil de Paris devra se prononcer sur la poursuite du projet de réaménagement des berges. A l’issue d’une concertation tronquée, où aucune place n’a été accordée au projet alternatif que nous avons défendu, la Maire de Paris a annoncé retenir la variante fermant le tunnel des Tuileries. Les études d’impacts n’ont été rendues publiques qu’une fois la concertation achevée. Les maires riverains de Paris ont appris par voie de presse les conséquences majeures de ce projet pour leur commune. Le groupe les Républicains s’est donc attaché à informer les maires de la proche couronne, en lieu et place de la Maire de Paris.

Un projet présenté à la hâte

Le 5 mai, lors d’une conférence de presse improvisée (de l’aveu même des journalistes), la Maire de Paris a présenté son projet de réaménagement de la voie sur berges rive droite.

À l’été 2012, la voie sur berges en rive droite a déjà subi un réaménagement pour un total de 15 M€ :

  • transformation en boulevard urbain : création de 6 traversées piétonnes à feux tricolores pour réduire la vitesse, élargissement des trottoirs sur 1 km entre l’Hôtel de Ville et le Port de l’Arsenal ;
  • aménagement de 4 amarres au port de l’Hôtel de Ville : le bateau-librairie a depuis jeté l’éponge, un des bateaux-restaurants déplore la faible fréquentation des lieux, l’activité de bateaux électriques ne sera pas autorisée pour des raisons de sécurité ;
  • transformation de la Maison des Célestins en restaurant, le projet avait pris beaucoup de retard ;
  • réaménagement du square de l’Hôtel de Ville.

Le tunnel des Tuileries avait été mis aux normes de sécurité consécutives à l’incendie du tunnel du Mont-Blanc. Les travaux réalisés en 2010 avaient alors coûté 10,3 M€.

Pour la Maire de Paris, la reconquête des voies sur berges rive droite est un « enjeu atmosphérique, de santé publique ». Le réaménagement de la rive gauche aurait permis « une forte diminution de la pollution sonore à Paris ». Cette instrumentalisation de la pollution démontre, si besoin en est, l’approche superficielle de la Maire sur ce sujet de santé publique. La Maire de Paris semble croire que ce sont les routes qui polluent, et non pas les véhiculent qui roulent dessus.

La réduction de la place de la voiture en ville est un objectif que nous partageons tous. Les pics de pollution démontrent tous les mois ou presque que la politique qui vise à contraindre l’automobiliste sans proposer d’alternatives est un échec. La Ville de Paris serait plus efficace en répondant présente pour boucler le financement du prolongement du RER E à l’Ouest.

Une concertation tronquée

Comme pour la rive gauche, la concertation n’a servi qu’à valider un projet déjà abouti en coulisses.

L’une des questions centrales du débat aurait dû être le choix de piétonniser les quais hauts ou la voie sur berges. Hélas, cette question n’a pas été soumise à la concertation publique. Il semblerait pourtant cohérent d’étudier la piétonnisation de certains quais hauts entre le Louvre et le bassin de l’Arsenal :

  • plusieurs passerelles piétonnes y débouchent (Pont des Arts, passerelle de Solférino), cela permettrait donc d’assurer une continuité piétonne ;
  • les cafés et restaurants sont aujourd’hui situés aux abords d’un axe à forte circulation, il convient d’améliorer l’attractivité du site au bénéfice de tous ;
  • un tramway ou un bus en site propre doit y voir le jour ;
  • les bouquinistes, patrimoine littéraire de Paris, y sont installés, il peut être utile d’y associer des espaces de réparation.

Nous avons déposé en Conseil de Paris un amendement esquissant nos propositions alternatives. En nous appuyant sur des travaux d’architectes, nous avons offert aux Parisiens un vrai choix alternatif, une véritable ambition. Lors des réunions de concertation, les riverains étaient séduits par notre alternative. Le refus de la Maire de Paris de soumettre ce projet à la concertation nous a conduits à voter CONTRE le projet.

Deux variantes du projet ont été soumises à concertation :

  • fermeture de la voie sur berges sur 1,5 km, entre le Châtelet et le Pont de Sully, soit 2,6 hectares, le tunnel des Tuileries serait réduit à une voie de circulation sans qu’il soit précisé si des aménagements cyclistes seraient réalisés sur la voie libérée ;
  • fermeture de la voie sur berges sur 3,3 km entre le tunnel des Tuileries et tunnel Henri IV, soit 4,5 hectares et 8.000 m2 de tunnel à valoriser.

La concertation s’est déroulée une nouvelle fois en plein été : 5 réunions publiques, exposition dans les mairies des 1er, 4e, 7e et 12e arrondissements, plateforme Internet, etc. La Maire de Paris pousse le cynisme à se féliciter d’une mobilisation plus limitée que pour la rive gauche, selon elle gage d’une adhésion des Parisiens au projet.

Selon l’exécutif, 57 % des 933 avis déposés seraient réputés favorables. En réalité, la Maire de Paris écarte les avis neutres pour faire gonfler ce chiffre qui n’est que de 45 % tous avis confondus.

Les études de la DVD sur les reports de circulations ont été rendues publiques la semaine suivant la fin de cette concertation de façade. Elles sont pourtant décisives.

  • scénario fermant le tunnel des Tuileries :
    +11 min. à l’heure de pointe du matin (23 min. contre 12 aujourd’hui)
    +8 min. à l’heure de pointe du soir (24 min. contre 16 aujourd’hui)
  • scénario excluant le tunnel des Tuileries :
    +12 min. à l’heure de pointe du matin (24 min. contre 12 aujourd’hui)
    +9 min. à l’heure de pointe du soir (25 min. contre 16 aujourd’hui)

L’exécutif qualifie ces reports de « faibles », de « nature à rassurer les partenaires métropolitains ».

L’essentiel du trafic se reporte sur les quais hauts, le périphérique Est et le boulevard Saint-Germain.  Des reports sont également identifiés sur l’A86, sur l’A3 et dans le bois de Vincennes.

Le scénario ne fermant pas le tunnel des Tuileries posait un problème évident de sécurité puisque les véhicules pourraient être à l’arrêt dans le tunnel.

Alors que la Métropole est en voie de concrétisation, la Maire de Paris a annoncé vouloir concerter les collectivités voisines. Les maires riverains ont pris connaissance du projet par la presse, sans information préalable sur les reports en termes de circulation. C’est encore par le JDD que la Maire de Paris annonce la variante retenue ainsi que les propositions d’aménagement. Le compte rendu de la concertation minimise cette véritable bronca, et loue la vision prétendument partagée avec les maires riverains.

De nombreuses questions en suspend

La nature des aménagements reste encore évasive, au terme d’un an de réflexion. La Maire de Paris a demandé aux Parisiens de lui donner des idées, à travers la concertation.

En refusant d’associer des urbanistes et des architectes pour réfléchir à un aménagement global des rives de la Seine, la Maire de Paris ne peut que présenter un projet au rabais. Il faut au contraire prendre des risques et des partis pris pour poser une vision de long terme qui sera déclinée sur l’ensemble des quais de Seine.

Finalement, le projet ne consiste qu’à fermer une route, sans la faire disparaître « pour rappeler le passé des lieux ». En rive gauche, l’aménagement reste encore très minéral et la route bien visible. Les promeneurs ne peuvent que constater le manque d’ambition pour le réaménagement de ces espaces au cœur d’un site classé au patrimoine mondial. La Maire de Paris est hostile à l’ouverture des commerces le dimanche, mais elle transforme les rives de Seine en espace commercial bas de gamme, une succession de buvettes et de snacks.

Si la Maire de Paris refuse de qualifier son projet de Paris-Plages permanent, les esquisses présentées y ressemblent fortement : jeux, sports, installations pour enfants, kayak sur la Seine, bateaux lumineux, etc. Une pâle déclinaison rive droite des aménagements de la rive gauche en somme. Le tunnel des Tuileries ne semble pas inspirer la municipalité alors que les usages pourraient être multiples. Anne HIDALGO se contente de dupliquer le projet de son prédécesseur, sans souffle et sans personnalité. La Maire justifie son manque d’ambition qu’elle qualifie de « sobriété » en raison de la réversibilité des aménagements en cas de crue et par l’étroitesse des voies.

La Maire de Paris a annoncé un tramway « sans rail, ni caténaire », en somme un bus à haut niveau de service sur les quais hauts. Il viendra réduire l’espace pour les véhicules, amplifiant l’engorgement des quais hauts.

L’objectif est d’ouvrir aux piétons et cyclistes la voie sur berges en 2016. Le coût prévisionnel serait de 8M€ seulement, un chiffre qui permet de mesurer encore une fois le manque d’ambition. Sur la rive gauche, l’archipel d’îles végétalisées a coûté à lui seul 8,4 M€. Aucune précision n’est donnée sur les coûts de fonctionnement (5M€/ an en rive gauche).