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© Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris

`La Philharmonie de Paris est un projet initié en 2005 et lancé officiellement lors d’une conférence de presse le 6 mars 2006 avec Renaud Donnedieu de Vabres et Bertrand Delanoë. Le projet est donc depuis le départ un projet co-pensé et co-financé par la Mairie de Paris et l’État.

Le projet comprend une salle de concert (Philharmonie 1), six salles de répétitions, dix studios, un foyer, une salle polyvalente, un lieu d’exposition et trois restaurants (en plus de la cité de la musique existante, qui intègre le projet et qui devient la Philharmonie 2)

Au départ, il s’agit donc d’un projet très ambitieux qui dépasse le clivage droite-gauche : personne ne peut ni ne doit se défausser.

La Ville de Paris a une responsabilité morale et culturelle : au lieu de parler des contenus de la Philharmonie, depuis mi-2012 et la nomination de Bruno Julliard comme adjoint à la Culture, tout le monde ne parle plus que des scandales financiers.

Le financement

Coût réel du projet

En 2009, le premier appel d’offres pour le projet s’élevait à 175 millions d’euros. Un chiffre totalement fantaisiste : Bouygues avait fait un devis de 300 millions et le groupe Vinci de 360 millions d’euros. Aujourd’hui, on estime que le vrai coût de ce projet atteint 386,5 millions d’euros.
Une dépense injustifiée ? C’est l’avis des détracteurs de ce projet qui considèrent que Paris n’avait pas besoin d’une nouvelle salle de spectacle de ce type, les salles existantes comme Pleyel, Gaveau, le théâtre des Champs Élysées ou encore la Cité de la musique n’ayant un taux de remplissage que de 70% en moyenne. Mais qu’importe, le projet, remporté par le groupe Bouygues, est lancé.
L’avis de ses défenseurs et l’ambition initiale du projet est que la France et Paris ont besoin d’une salle moderne et ambitieuse de musique, aux capacités acoustiques hors normes et qui soit capable de compter dans la cour des grands : Berlin, New York, Los Angeles… Et même en mieux encore car il s’agissait d’en faire la première philharmonie du 21e siècle et non celle du 20e.

Plan de financement

  • Investissement

La moitié du financement de la Philharmonie de Paris devait être assurée par la mairie. Cependant, au lieu d’emprunter directement ou de financer le projet sur ses fonds propres, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo (membre de droit du conseil d’administration) ont mis en place un montage financier destiné à cacher le coût pour la ville : c’est l’association qui a emprunté la somme auprès d’une banque, la ville remboursant les échéances via des « subventions » annuelles. Ainsi, alors que la philharmonie coûtera 151 millions d’euros à la ville, seule une subvention de 15,6 millions d’euros n’est visible pour l’instant.
Or l’association a emprunté à la Société générale au taux de 5,2 %. A un moment où la Ville empruntait à 3,5 %.

Le montant des intérêts est donc de moitié plus élevé que si la Ville avait emprunté directement. Soit, pour les Parisiens, une ardoise de 25 millions d’euros.

Bruno Julliard avait promis la renégociation du prêt en décembre dernier au Canard enchaîné… Où en sont-ils ?
Par ailleurs, alors qu’il est précisé dans le contrat que la Ville doit payer les 151 millions corrigés par l’inflation du BTP, la Ville refuse de payer un centime de plus que les 151 millions et oblige l’État à la suppléer.

Depuis les révélations du Canard Enchainé, la Ville n’a pas revu les modalités d’emprunt de l’association Philharmonie. Au lieu d’une renégociation effective des 25 millions d’euros, la Ville a annoncé qu’elle souhaitait se désengager à hauteur de 22,5 millions en investissement. Elle préfère visiblement payer les banquiers que la culture.

  • Fonctionnement

Après 2 millions d’euros de baisse en fonctionnement annoncée en même temps que les 22,5 millions en investissement pour 2014, la Ville respectera t-elle ses engagements de 9 millions d’euros (à parts égales avec l’État) pour le fonctionnement ? Selon le Monde, c’est non.

Les subventions à hauteur de 9 millions d’euros pour la Ville et 9 millions pour l’État ont été anticipées et calculées en fonction du projet artistique.

Les bruits de couloirs parlent d’une subvention qui serait de 4 millions. Alors que la programmation est déjà faite sur les 2/3 de 2015.

À titre comparatif :

  • Le budget du 104 : moins de 11 millions d’euros– subvention Ville : 8,1millions d’euros (120 millions d’investissement)
  • Le budget de la Gaité lyrique : près de 10 millions d’euros – fonds ville (DSP) : près de 6 millions d’euros (85 millions d’investissement)

Le contenu artistique et pédagogique du projet

Il est primordial que la Mairie de Paris se responsabilise et règle les problèmes juridiques et financiers pour se concentrer sur le projet en lui-même au lieu de parler des scandales. La Philharmonie doit être un espace ouvert à tous et à chacun, mais surtout exigeant quant à la musique classique, son développement et son enseignement.

Tous les vœux du groupe et les interventions de Nathalie Kosciusko-Morizet en Conseil de Paris ont été dans ce sens.

La Philharmonie en quelques dates

  • Mars 2006 : Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, et Bertrand Delanoë, maire de Paris, annoncent conjointement la création de la future Philharmonie de Paris. Un concours est lancé auprès d’architectes.
  • Avril 2007 : Parmi les six projets en lice, les Ateliers de l’architecte Jean Nouvel remportent le concours.
  • Décembre 2009 : Installation de la palissade de chantier sur fond de polémique : François Fillon, premier ministre, ne cache pas ses réticences face aux premiers dépassements budgétaires.
  • Printemps 2010 : Le chantier démarre enfin après des travaux d’aménagement du site. Fin 2010, Nicolas Sarkozy réaffirme son soutien au projet de Philharmonie.
  • Février 2012 : Les ouvriers de Bouygues Bâtiment passent aux 2×8 sur le chantier.
  • Novembre 2012 : Aurélie Filipetti, ministre de la culture, et Bertrand Delanoë s’inquiètent dans une lettre adressée à Laurent Bayle, président de la Philharmonie de Paris, en lui demandant de « mettre tout en œuvre pour maîtriser son coût final ».
  • Août 2013 : Dans la salle de 2 400 places, les tests de résistance des balcons suspendus (l’une des innovations majeures du projet) sont effectués.
  • Début 2014 : Lancement d’un appel d’offres auprès d’entrepreneurs culturels pour l’exploitation de la Salle Pleyel qui devra désormais se consacrer aux musiques actuelles pour ne pas doublonner avec la Philharmonie.
  • Avril 2014  : Annonce de la première saison de la Philharmonie (janvier 2015 à juin 2015). Au même moment Bruno Julliard signifie à l’équipe de la Philharmonie que pour être plus « rentable », ils devraient programmer plus de musiques actuelles.
  • Juin 2014 : La Ville vend ses parts de Pleyel afin de ne pas endosser la responsabilité de la suppression de la musique classique à Pleyel.
  • Septembre 2014 : Bruno Julliard décide de ne pas verser la subvention de fonctionnement prévue en année pleine à la Philharmonie alors que la programmation est lancée.
  • Janvier 2015 : Ouverture de la Philharmonie de Paris.

La Philharmonie en chiffres

  • Une salle de concert de 2400 places (3000 debout)
  • 6 salles de répétition
  • 30 ans d’espoir et de volonté pour faire exister le projet
  • 9 ans et 386 millions d’euros de coût de construction
  • 31 millions d’euris de budget de fonctionnement annuel
  • 1 million de visiteurs attendus chaque année