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Intervention d’ Agnès Evren sur préemption au 52, rue de Vouillé 15e – Juin 2014

13 février 2015

Mme Agnès EVREN. – Merci, Madame la Maire, de votre vigilance.

Monsieur BROSSAT, mes chers collègues, le texte de cette délibération est un peu parcellaire.

Alors, mes chers collègues, permettez-moi de revenir sur tout ce que cette délibération passe à la trappe pour vous permettre d’adopter une vision plus objective de la réalité.

Une fois de plus, cette préemption au 52, rue de Vouillé n’a fait l’objet d’aucune concertation auprès des habitants ni même du Maire du 15e.

Une fois de plus, cette délibération ne donne aucune information sur ce que le projet contiendra en matière de logements pour les classes moyennes. Nous ne savons rien, ni du nombre ni de la répartition des logements sociaux par catégorie de financement.

Alors, à l’avenir – et mon collègue Jean-François LEGARET l’a dit brillamment -, il sera indispensable de créer en plus grand nombre de logements en faveur des classes moyennes pour favoriser la mixité sociale. Sur ce point crucial, des paroles, nous en avons beaucoup entendu, mais, des actes, nous les attendons, Monsieur BROSSAT.

Une fois de plus, l’argumentation pourrait faire sourire si ce n’était pas dramatique. L’argument fallacieux consiste à faire croire (je vous renvoie au courrier annexé à cette délibération) que le secteur serait déficitaire en logements sociaux.

Il n’en est rien. En effet, sur le P.L.U., l’immeuble au 52, rue de Vouillé est situé sur une emprise hors zone de déficit en logement social.

Sur ce secteur, Monsieur BROSSAT, il y a même plus de 43 % de logements sociaux, soit un score allant très au-delà de vos objectifs, quel paradoxe !

Alors, à force d’asséner les mêmes contrevérités, avez-vous l’espoir que celles-ci deviennent paroles de vérité ? Pourquoi donc refusez-vous de voir la réalité en face ?

La réalité, c’est que votre politique de préemption est contreproductive, car, en se portant acquéreur sur le marché immobilier, la Ville de Paris vient concurrencer d’autres acquéreurs potentiels, ce qui tend à la hausse le marché immobilier parisien.

La réalité, c’est qu’en 20 ans, les prix de l’immobilier parisien ont augmenté 2,5 fois plus vite que les revenus des ménages.

Cette politique injuste a agi comme une formidable machine à exclure les classes moyennes de Paris.

La réalité, enfin, c’est que cette politique de préemption augmente artificiellement le nombre de logements sociaux, elle ne crée pas de nouveaux logements, mais raréfie l’offre de logements privés.

La réalité, oui, Monsieur BROSSAT, c’est que les Parisiens paient chaque jour le prix de vos erreurs et

corriger ces erreurs n’est rien d’autre qu’une bonne politique.

Alors, épargnez-nous votre disque qui est un peu rayé, selon lequel nous serions contre la création de logements sociaux dans le 15e. Ceci est archi-faux. Notre position est claire, simple et ne comporte aucune ambiguïté : nous disons oui au logement social, mais avec un certain nombre de conditions, c’est-à-dire avec les équipements collectifs qui vont avec.

J’ajoute, pour la bonne information de tous mes collègues, qu’avec Philippe GOUJON, sous la mandature précédente, nous avons voté environ 90 % des projets de délibération tendant à réaliser des logements sociaux dans le 15e.

Or, incontestablement, le secteur qui fait l’objet de cette délibération est déjà saturé en logements sociaux. Et encore, le tableau serait incomplet si je ne parlais pas des trois programmes en cours de réalisation dans ce même secteur.

Tout d’abord, le programme Pitch Promotion à l’angle des rues Castagnary et Bessin avec la création d’un

E.H.P.A.D. de 104 lits pour personnes âgées dépendantes et 60 logements sociaux.

Ensuite, la restructuration du terrain occupé auparavant par le laboratoire central des Ponts et Chaussées, un programme qui prévoit la construction de plus de 150 logements sociaux, et, enfin, deux autres programmes qui sont prévus rue Brancion.

Après un tel inventaire, toute personne de bonne foi admettrait que les habitants de ce quartier souhaiteraient un peu de diversité, de mixité d’activités dans les choix des programmes urbains proposés par la Mairie de Paris.

Eh bien, non ! La Ville souhaite réaliser deux autres opérations de logements sociaux : le long des voies ferrées Montparnasse, côté impair de la rue Castagnary, entre la rue Jacques Baudry et la rue de Vouillé, à savoir 10 logements sociaux au 39/41 rue Castagnary et 250 studios pour étudiants et jeunes travailleurs en lieu et place des entrepôts de l’ancienne entreprise de poissonnerie au 69/71 rue Castagnary.

J’ajoute que ces deux projets urbains font appel à une architecture de rupture, une architecture incapable de s’intégrer au sein des constructions voisines.

Plusieurs solutions alternatives, comme vous le savez, à ces derniers projets, et notamment la création d’une ferme maraîchère verticale sur le terrain de l’ancienne poissonnerie, avaient été proposées par le conseil de quartier Brassens présidé par ma collègue Louisa FERHAT.

La création de cette ferme maraîchère serait un signal fort auprès des habitants de ce secteur qui aimeraient être écoutés et bénéficier d’un traitement équitable en termes de politique sociale urbaine.

Enfin, pour en revenir à notre délibération, notre position est simple, claire et définitive : nous voterons contre cette délibération, car elle ne nous fournit aucun élément sur ce que ce projet contiendra en matière de logement pour les classes moyennes, ni même en termes de mixité sociale.

Je vous remercie