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Intervention d’Agnès Evren sur le droit de préemption renforcé – Décembre 2014

12 février 2015

Merci, Monsieur le Maire

Mes chers collègues, cette délibération met en lumière le décalage entre une vision enchantée de la mixité sociale de la gauche parisienne et la réalité du terrain telle que les riverains du secteur Castagnary, ciblés par ces préemptions, la vivent au quotidien.

Merci, Monsieur BROSSAT, d’avoir rappelé que le 15e arrondissement compte aujourd’hui 9.000 demandeurs de logements sociaux ; c’est dire à quel point personne ne conteste ici la nécessité absolue de produire des logements sociaux, et encore moins, nous, dans le 15e!

Mais si nous partageons le constat, nous divergeons nettement sur les moyens d’y parvenir. Cette délibération est très révélatrice des paradoxes de votre politique de logement.

Le comble du paradoxe est de prétendre faire de la mixité sociale fine à l’échelle de l’immeuble alors que les adresses ciblées sont situées dans le secteur Castagnary-Brancion-Vouillé, qui atteint déjà 45 % de logements sociaux et qui accueillera bientôt plus de 500 nouveaux logements !

Pourquoi niez-vous, Monsieur BROSSAT, ce constat d’évidence qui s’est imposé à tous, et tout particulièrement aux riverains? Jean-François LAMOUR en sait quelque chose puisque tous les jours, les riverains lui en parlent.

Pourquoi n’écoutez-vous pas les habitants, qui ont le sentiment que l’on déséquilibre leur quartier au hasard des terrains libres avec une seule obsession, une seule : atteindre le taux de 25 % de logements sociaux en 2025?

Je vous épargnerai ici l’énumération exhaustive de tous les immeubles préemptés par la Ville dans cette zone du 15e arrondissement depuis 2008 : le n° 3, le 67, le 68, le 88, le 132, le 137, le 139, le 106 rue Castagnary, et je passe sur la Brancion ou la rue de Vouillé. Et c’est bien là, Monsieur BROSSAT, que le bât blesse.

Mais je ne doute pas que vous ayez entendu les inquiétudes des riverains lors de la réunion publique organisée par Philippe GOUJON sur le P.L.H. Les habitants ont beaucoup apprécié votre présence mais malgré ce dialogue, ils redoutent l’avenir. Ils n’ont plus confiance.

En outre, sur le plan qualitatif, nous sommes également très loin du compte.

Pour que le logement social soit de qualité, il faut qu’il soit accompagné d’équipements publics indispensables à la vie du quartier.

Or, parmi les emplacements existants soumis au droit de préemption urbain renforcé dans le 15e, aucun, je dis bien aucun, n’est réservé pour des équipements d’intérêt général ou encore des espaces verts, sujet sur lequel la modification du P.L.U., je le rappelle, a pourtant longuement insisté. Ce quartier en manque terriblement. Il serait donc pertinent de réfléchir à des réserves pour équipements collectifs et également pour espaces verts.

La Ville refuse même, mes chers collègues, des propositions soutenues par les habitants et les membres de conseils de quartier telles que l’installation de la ferme maraîchère à Castagnary – on en avait déjà parlé -, et j’ajoute que le seul square du quartier a été transformé en T.E.P.

De plus, la création d’un jardin de 1.350 mètres carrés au sein du projet immobilier du 102-108, rue Castagnary n’est déjà plus adaptée compte tenu de l’arrivée d’un grand nombre de nouveaux habitants.

Pour conclure, nous vous le redisons solennellement, Monsieur BROSSAT, nous devons être plus ambitieux pour améliorer le cadre de vie de cette rue. Le quartier Castagnary doit retrouver une nouvelle dynamique. Nous devons réfléchir ensemble à un projet global pour requalifier ce quartier en engageant une réflexion sérieuse sur les modes de vie de ses habitants, sur les activités sociales et économiques à favoriser et sur les conditions de desserte et besoins qui en résultent.

Un dernier point de méthode, qui me paraît important, la Ville doit associer ses interlocuteurs, élus et habitants, bien en amont de telles décisions pouvant bousculer le quotidien d’un quartier.

Il n’est pas admissible que des locataires apprennent, souvent par simple courrier, que leur immeuble a été préempté. Vous avez déjà fait un pas à la faveur d’un vœu émanant de ma collègue Claire de CLERMONT-TONNERRE, qui demandait l’association des maires d’arrondissement en vue d’un travail plus collaboratif, et je vous en remercie.

Mes chers collègues, l’ignorance crée l’inquiétude ; le fait accompli crée la méfiance ; si vous additionnez l’inquiétude et la méfiance, il est rare que vous obteniez un climat apaisé et qui favorise, comme la délibération l’indique, la mixité sociale fine.

Pour toutes ces raisons, le groupe UMP votera contre cette délibération.