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Intervention d’Atanase Périfan sur la lutte contre la grande exclusion – Mars 2015

17 mars 2015

Madame la Maire, chers Collègues,

Au moins de juin dernier, vous décidiez de faire de la lutte contre l’exclusion la grande cause municipale de votre mandature et de lancer une mobilisation générale, je cite « pour que plus personne ne soit contraint de dormir dans la rue d’ici 2020 ». Bien évidemment, nous ne pouvions tous que souscrire à cette généreuse ambition.

Aujourd’hui, dans le Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion, vous devenez plus prudente. Je cite « l’objectif que nous poursuivons est de permettre à un maximum de personnes de quitter la rue / de réduire sensiblement le nombre de personnes vivant à la rue ».
Pouvez-vous nous expliquer, Madame la Maire, les raisons pour lesquelles, 9 mois après, vous ne vous fixez plus d’objectifs précis… ?

Vous venez de dire que vous avez réalisé « un travail intelligent », j’en suis convaincu mais quels sont les résultats de votre action depuis 13 ans dans ce domaine ? Le lancement de ce Pacte aujourd’hui ne signe-t-il pas l’échec de vos 2 mandatures précédentes ?

Je dois  vous féliciter ainsi que vos équipes pour ce superbe document de 90 pages dans un joli papier non recyclé, 10 éditos de partenaires de grandes institutions ; 10 paroles d’élus… En ayant mobilisé aussi largement tant de grands partenaires, nous avons déjà l’impression d’avoir gagné la bataille contre la grande exclusion.

Ce Pacte égrène une litanie d’intentions louables et de propositions intéressantes. C’est un beau travail de réflexion et de créativité qui a été réalisé par l’ensemble des partenaires.

Mais il manque l’essentiel. A aucun moment, vous ne vous fixez d’objectifs précis. Si l’on estime de 2.000 à 3.500 le nombre de personnes sans domicile fixe, combien pensez-vous pouvoir en sortir de la rue chaque année durant votre mandature ?

Aucune des 106 propositions qui sont formulées dans ce rapport n’est chiffrée ce qui obère fortement la crédibilité de votre pacte ? Quelles sont les mesures qui sont prioritaires ? Quelles sont celles qui sont déjà budgétées dans l’enveloppe de 250 millions d’euros que vous annoncez ? Comment allez-vous financer les autres mesures ?

D’autre part, Madame la Maire, comment allez-vous évaluer l’efficacité de votre politique dans ce domaine ? Face à ces personnes en grande souffrance, nous avons une obligation de résultats et non seulement une obligation de moyens.

Au risque de me répéter, comme je vous le disais hier au sujet du contrat de ville, seriez-vous fâchée avec les notions « de budget / d’évaluation / de résultat » qui sont les fondements de toute politique publique et l’exigence que doit s’imposer notre assemblée devant les Parisiens.

Mais le grand absent de votre pacte, c’est le Parisien. Vous avez beau écrire qu’il « faut mobiliser autour du Paris Solidaire la communauté citoyenne, qu’il faut mobiliser la solidarité des Parisiens qui sont une force considérable… », seule une proposition sur 106 évoque ce sujet. Vous conviendrez que c’est peu alors que c’est là que réside une des clés du succès. Comment faire reposer de manière complémentaire la solidarité sur 3 piliers : la solidarité familiale (malheureusement souvent absente pour les sans abri), la solidarité institutionnelle ou organisée (CCAS, associations…), la solidarité de proximité ou de voisinage et dans ce domaine il existe des gisements de solidarité inexplorés chez les Parisiens. Lors de la campagne municipale , Nathalie Kosciusko-Morizet avait proposé un Pacte Solidaire Pour Paris en 10 mesures pour mobiliser les habitants. Il aurait été utile de le relire.

Enfin, dans votre éditorial, vous écrivez que « que la solidarité constitue le fondement même de notre ville-monde ». Mais sans aller jusqu’à faire le tour de la planète, vous auriez eu avantage à demander à Boris Johnson, maire de Londres lorsque vous l’avez reçu à l’Hôtel de ville le 5 février dernier, comment nos voisins ont réussi à faire baisser de manière impressionnante le nombre de sans-abri en Grande-Bretagne (il a été réduit de 73% en dix ans !).

En 2008, le Parlement européen a adopté une déclaration écrite en vue de « mettre fin au sans-abrisme » d’ici 2015. La ville de Paris s’en est-elle saisie. L’étude des politiques de prise en charge des sans-abri dans l’Union européenne ne semble pas avoir trouvé place dans votre pacte parisien alors que l’exemple de l’Irlande, des grandes villes des Pays-Bas, du Danemark ou de la Finlande pourraient avantageusement nous inspirer.

Madame la Maire, chers Collègues, je vous remercie.