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Intervention d’Atanase Périfan sur la lutte contre l’eclusion – Juin 2014

13 février 2015

Madame le Maire, chers Collègues,

Vous souhaitez faire de la lutte contre l’exclusion la grande cause municipale de votre mandature et lancer une mobilisation générale « pour que plus personne ne soit contraint de dormir dans la rue d’ici 2020 ».

Bien évidemment, nous ne pouvons tous que souscrire à cette généreuse ambition.

Mais je dois vous avouer que la lecture de votre vœu me rend perplexe.

  • Sur la forme d’abord, il nous donne l’impression que venant d’arriver aux affaires, remplis de bonnes intentions, vous décidez de vous attaquer à l’exclusion. Mais qu’avez-vous fait depuis 2001 ? Pour quel résultat ?
  • Vous reconnaissez ensuite que la pauvreté est présente à Paris mais que son augmentation y a été moins forte qu’ailleurs. Ce qui est l’occasion de vous décerner un satisfecit, je vous cite, « cela montre malgré tout la preuve de l’efficacité des politiques sociales parisiennes mises en place depuis 2001 ».
  • Vous continuez en expliquant que « le nombre de personnes en grande exclusion vivant dans la rue ne s’est pas réduit à Paris » mais vous vous dédouanez aussitôt en expliquant que cette situation est identique dans toutes les grandes métropoles du monde. Je ne sais ce qui motive cette affirmation mais sachez qu’elle est fausse. Il aurait suffi simplement de consulter les statistiques qui montrent par exemple l’impressionnante baisse du nombre de sans-abri en Grande-Bretagne (il a été réduit de 73% en dix ans). Même aux Etats-Unis, la baisse a été de 5,7% en 5 ans alors que pendant la même période la pauvreté augmentait de 20%.
  • Enfin, faisant preuve de réalisme ou dans un aveu d’impuissance, vous écrivez que « le dispositif d’urgence est embolisé et à bout de souffle » et qu’il faut « repenser nos interventions, pour les rendre plus efficaces ». Je vous invite à consulter l’intéressant rapport de Julien Damon, professeur à Sciences po Paris, sur « Les politiques de prise en charge des sans-abri dans l’Union européenne ». L’exemple de l’Irlande, des grandes villes des Pays-Bas, du Danemark ou de la Finlande pourraient avantageusement nous inspirer.

Mais je dois reconnaitre que la situation de la pauvreté et de la grande exclusion est suffisamment complexe pour n’accabler personne. La solidarité est une cause trop noble pour qu’elle fasse l’objet de polémique au sein de notre conseil.

Je voudrai donc Madame le Maire vous donner mon sentiment sur ce projet.

  • La grande Cause qu’elle soit nationale ou municipale a pour objectif de sensibiliser et de mobiliser le plus grand nombre de citoyens autour de cette belle cause.

Vous écriviez très justement sur votre site de campagne au sujet de la grande cause municipale : « il est également nécessaire de réussir à impliquer le plus grand nombre d’entre eux. Ils doivent se sentir concernés. Les parisiens étant sans doute les meilleurs experts de leur propre vie. A ce propos, ne pourrions-nous pas lancer une consultation pour déterminer « la grande cause municipale annuelle ? »

Pourquoi ne pas avoir alors fait, comme cela est le cas pour définir le thème de la grande cause nationale un concours auprès des associations parisiennes ? Pourquoi ne pas laisser aux habitants le choix du thème de cette grande cause municipale ?

Comment mobiliser le plus grand nombre de Parisiens sur un thème aussi difficile et complexe que celui de la lutte contre la grande exclusion ? Tous les acteurs associatifs intervenant dans ce secteur soulignent sa spécificité et la nécessité d’avoir des intervenants formés. Les bonnes volontés ne suffisent pas.

D’autre part, il est difficile de motiver les habitants sur une durée aussi longue que celle d’une mandature ? Une Grande Cause municipale aurait plus de sens sur une durée plus courte (pourquoi ne pas imaginer 2 ou 3 causes par mandature ?)

En conclusion, je pense que l’idée d’une grande cause municipale est bonne mais que le thème retenu limitera fortement son impact quant à la mobilisation du plus grand nombre. La lutte contre la grande exclusion relève d’abord du domaine des politiques publiques – nationales et municipales, en étroite collaboration avec les associations spécialisées et avec le soutien d’une minorité d’habitants motivés.

Natalie Koscisusko-Morizet avait proposé, durant la campagne électorale, comme thème de la grande cause municipale la lutte contre l’isolement et la solitude. Elle détaillait sa mise en œuvre à travers le « pacte solidaire pour Paris » et 10 mesures concrètes pour mobiliser les habitants.

Lutter contre la grande exclusion, c’est d’abord en amont de lutter contre l’indifférence et l’isolement. Les vrais enjeux ne sont-ils pas prioritairement de rendre les Parisiens plus solidaires entre eux ? Comment développer, en complément des solidarités familiales et institutionnelles, les solidarités de proximité et de voisinage ?

A Paris, comme dans les grandes métropoles, se développent la solitude et l’indifférence. Et pourtant, il y a des gisements inexplorés de générosité chez les Parisiens. L’ambition de la grande cause municipale aurait pu être de les faire jaillir et de mobiliser massivement les habitants autour de ce projet partagé.

L’expérience de la Fête des Voisins et de Voisins Solidaires, premier rendez-vous citoyen en France avec 8 millions de participants, m’a appris deux choses.

La première, c’est que le politique ou l’institution ont du mal à mobiliser les habitants. Ils savent faire pour mais ne savent pas faire avec. Il faut donc mettre en place des stratégies d’innovation sociale dans ce domaine.

La seconde, c’est que pour construire une ville plus fraternelle et plus solidaire, il n’est pas toujours nécessaire de créer une nouvelle structure, il n’est pas besoin de moyens supplémentaires ou de dépenser plus… Les habitants sont prêts à agir généreusement pour peu qu’on les sollicite avec des projets simples, accessibles à tous et porteurs de sens…

Madame le Maire, chers Collègues, je vous remercie.