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Intervention d’Atanase Périfan sur le contrat de Ville – Mars 2015

17 mars 2015

Madame la Maire, chers Collègues,

Je suis sur que vous avez tous bien lu l’intégralité du contrat de ville qui nous est présenté aujourd’hui mais je dois bien vous avouer que la lecture de ses 100 pages m’a laissé perplexe. Il manque d’abord de souffle, il manque de vision, il manque d ‘ambition. Il manque surtout cruellement d’une appréciation réelle de la situation sur le terrain. Il a été rédigé certes avec une plume talentueuse mais tellement imprégnée de dogmatisme et si doctrinaire.

Le début du document commence, je cite « Deux mois après les tragiques attentats qui ont touché Paris, l’exigence de solidarité, de fraternité, de justice sociale et territoriale, de vivre ensemble et de partage des valeurs communes constitue notre meilleure réponse face à la barbarie..

Une nouvelle page de la République s’écrit depuis le 11 janvier 2015. La mobilisation citoyenne après les attentats qui ont visé le cœur des valeurs républicaines est porteuse d’une exigence vis-à-vis de l’ensemble de la société… Accompagner le besoin de cohésion sociale, de fraternité, de promotion de la citoyenneté et des valeurs républicaines qui s’exprime dans le pays, telle est notre mission. Cette grande mobilisation républicaine est l’affaire de tous.»

Belle envolée lyrique certes mais quelle idée étrange que de faire du contrat de Ville 2015-2020 une réponse aux attentats du début d’année en l’inscrivant dans la continuité de la mobilisation citoyenne du 11 janvier. Cette inspiration doit certainement provenir du Président de la République et du Premier ministre qui ont fait de l’Esprit du 11 janvier l’Alpha et l’Oméga de leur nouvelle pensée politique.

Puis vous écrivez :

« Nous avons réimplanté des services publics de qualité, rénové et construit des milliers de logements, lutté contre l’insalubrité, construit des écoles, des crèches, des espaces culturels, sportifs, ouvert des jardins, rénové les espaces publics. Nous avons agi sans relâche sur la diversification commerciale, l’implantation d’entreprises, la diversification des transports. Nous avons soutenu le tissu associatif et accompagné le développement de l’économie sociale et solidaire. Ces actions d’ampleur ont porté leurs fruits »

Quel satisfecit vous décernez à vous-même ! Attention  Madame la Maire, à force d’encenser votre action, vos thuriféraires vont finir par vous enfumer.

Votre  bilan de l’ancien contrat manque cruellement de chiffres. Il ne comprend aucune donnée sur les moyens financiers alloués aux quartiers politique de la Ville pendant le contrat 2007-2014. De même, il est impossible d’apprécier l’impact de cette politique sur l’évolution des quartiers et de leurs 330.000 habitants : le taux de chômage a-t-il reculé ? Le niveau de vie des habitants a-t-il progressé ? La sécurité est-elle mieux assurée ? L’échec scolaire y a-t-il baissé ? Les habitants vivent-ils mieux dans ces quartiers ? La réponse à ces questions est cruelle…

Tout au plus, le nouveau contrat concède « un maintien des écarts » avec les autres quartiers, signant par la même l’échec total de la Ville de Paris. Pis, certains quartiers ont subi « des dynamiques de dégradation »

Vos conseillers qui ont rédigé ce contrat de ville ne doivent pas vivre sur la même planète lorsqu’ils écrivent que « ces actions d’ampleurs ont porté leurs fruits » !  Mais quels fruits ? Peut-on penser que les 150.000 parisiens qui sont sortis du contrat de ville ont vu leur situation s’améliorer ?

Afin de ne pas me voir accuser de faire de l’opposition systématique, j’ai réalisé depuis 3 semaines une mini-enquête auprès de 300 habitants des quartiers « politique de la ville » du 20ème arrondissement. A la question : trouvez-vous que votre quartier s’est amélioré ou s’est dégradé depuis 10 ans ? Parmi les répondants qui habitaient depuis plus de 10 ans dans ce quartier, 73% m’ont répondu que leur quartier se dégradait, contre 12% qu’il s’améliorait et 15% que leur quartier n’avait pas changé. Quand on demande à ces habitants s’ils souhaitent rester dans leur quartier ; 68% répondent que s’ils avaient les moyens, ils quitteraient leur quartier.

Les nouvelles actions proposées s’inscrivent dans la continuité de l’existant. Là encore, les objectifs chiffrés sont maigres. La culture de l’évaluation est pourtant primordiale. Nous devons tous passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats. Etes-vous fâché avec ce mot ?

Concernant le pilotage du Contrat de Ville, aucun bilan ne semble prévu sur son impact, ne serait-ce qu’à mi-contrat. Au mieux, vous parlez d’évaluation sans en préciser les moyens.

Je dois reconnaître une nouveauté de taille dans la dernière trouvaille du gouvernement : la création de conseils citoyens. Encore un n-ième conseil à Paris (Conseils de Quartiers, CICA, Conseil Parisien de la jeunesse, conseils des séniors, des parents, des enfants…) alors que dans le 20ème arrondissement qui se gausse en permanence d’être à la pointe de la démocratie locale, pas un seul CICA ne s’est tenu depuis le début de la mandature…

Enfin, la gauche est toujours tributaire de son péché originel. Lorsqu’un problème se présente et qu’on n’arrive pas à le résoudre, il faut toujours plus de moyens. C’est vrai pour l’éducation nationale, c’est vrai pour la politique de la ville. Toujours plus de moyens pour toujours moins de résultat. La stratégie de la Ville de Paris consistant à distribuer toujours plus de subventions à des associations politique de la Ville signe là son échec.

Votre contrat de ville, Madame la Maire, souffre les mêmes défauts que la politique de la ville au plan national. Depuis de nombreuses années, des  milliards d’euros ont été investis sans résultats probants (Malika Sorel, ancienne membre du Haut Conseil à l’intégration parle de « châtiment du tonneau des Danaïdes »),

Le dernier rapport de la Cour des Comptes est révélateur à cet égard. Il dénonce l’enchevêtrement des institutions, des procédures et des périmètres ; le saupoudrage inefficace et inéquitable des moyens ; le déficit de suivi et d’évaluation…

Un sondage du 19 février 2015 montrant que seulement 10 % des Français considèrent que la politique de la ville porte ses fruits. Les initiatives politiques ont certes amené la rénovation de bâtiments, la destruction de grands ensembles, mais apparaît l’erreur de diagnostic selon laquelle seuls devaient être réglées les questions d’urbanisme et sociales, et pas celles concernant l’intégration et les flux migratoires.

Manuel Valls lui-même a parlé le mois dernier d’« apartheid territorial, social, ethnique » dans les quartiers populaires critiquant un phénomène de ghettoïsation et appelant à plus de mixité sociale.

L’échec est donc criant et ce n’est pas un rapport verbeux qui permettra d’améliorer la situation.

Quarante ans après ces débuts, après des milliards d’euros dépensés et la création de nombreuses agences, les inégalités territoriales subsistent en France et à Paris en particulier. La seule question qui aurait dû prévaloir à la rédaction de ce contrat de ville est : Mais pourquoi donc cet échec ? En ayant éludé cette question pourtant essentielle, je crains que nous fassions le même constat à la fin de votre mandat. C’est pourquoi, Madame la maire, le groupe UMP votera contre ce contrat de ville.

Je vous remercie