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Intervention d’Atanase Périfan sur les politiques de solidarité et la lutte contre l’exclusion – Juin 2014

19 février 2015

Merci, Madame la Présidente.

Vous souhaitez faire de la lutte contre l’exclusion la grande cause municipale de votre mandature. Bien évidemment, nous ne pouvons tous que souscrire à cette généreuse ambition, mais je dois vous avouer que la lecture de votre vœu me rend perplexe.

Sur la forme d’abord, il nous donne l’impression que, venant d’arriver aux affaires, vous décidez de vous attaquer à l’exclusion, mais qu’avez-vous fait depuis 2001 ? Pour quel résultat ? Jamais nous n’avons vu autant de personnes sans logement dans nos rues.

Vous reconnaissez ensuite que la pauvreté est présente à Paris, mais que son augmentation a été moins forte qu’ailleurs, ce qui est l’occasion de vous décerner un satisfecit, je vous cite : « Cela montre malgré tout la preuve de l’efficacité des politiques sociales parisiennes mises en place depuis 2001 ».

Vous continuez en expliquant que le nombre de personnes en grande exclusion vivant dans la rue ne s’est pas réduit à Paris, mais vous vous dédouanez aussitôt en expliquant que cette situation est identique dans toutes les grandes métropoles du monde. Ce n’est pas tout à fait exact, il aurait suffi simplement de consulter les statistiques qui montrent par exemple l’impressionnante baisse du nombre de sans-abris en Grande-Bretagne, il a été réduit de près de 73 % en 10 ans. Même aux Etats-Unis, la baisse a été de 5,7 % en cinq ans alors que, pendant la même période, la pauvreté augmentait de 20 %.

Enfin, faisant preuve de réalisme dans un aveu d’impuissance, vous écrivez que « le dispositif d’urgence est embolisé et à bout de souffle et qu’il faut repenser nos interventions pour les rendre plus efficaces ».

Je vous invite à consulter l’intéressant rapport de Julien DAMON sur les politiques de prise en charge des sans-abris dans l’Union européenne. L’exemple de l’Irlande, des grandes villes des Pays-Bas, du Danemark et de la Finlande pourrait avantageusement nous inspirer.

Mais je dois reconnaître que la situation de la pauvreté et de la grande exclusion est suffisamment complexe pour n’accabler personne. La solidarité est une cause trop noble pour qu’elle fasse l’objet de polémiques au sein de notre Conseil, je voudrais donc simplement vous donner mon sentiment sur l’opportunité du thème reconnu.

La grande cause, qu’elle soit nationale ou municipale, a pour objectif de sensibiliser et de mobiliser le plus grand nombre de citoyens autour d’une belle cause.

Vous écriviez sur votre site de campagne :

« Il est également nécessaire de réussir à impliquer le plus grand nombre d’habitants, ils doivent se sentir concernés, les Parisiens étant sans doute les meilleurs experts de leur propre vie. A ce propos, ne pourrions-nous pas lancer une consultation pour déterminer la grande cause ? »

Pourquoi ne pas l’avoir lancée, cette consultation, auprès des associations comme c’est le cas pour la grande cause nationale ou même auprès des Parisiens pour qu’ils puissent choisir eux-mêmes leur thème et se sentir plus concernés et s’approprier cette grande cause ?

Comment mobiliser le plus grand nombre de Parisiens sur un thème aussi difficile et complexe que celui de la lutte contre la grande exclusion ?

Tous les acteurs associatifs intervenant dans ce secteur soulignent sa spécificité et la nécessité d’avoir des intervenants formés, les bonnes volontés ne suffisent pas.

D’autre part, il est difficile de motiver les habitants sur une durée aussi longue que celle d’une mandature. Pourquoi ne pas avoir deux ou trois causes durant la mandature ?

Enfin, Madame, je terminerai en vous disant que lutter contre la grande exclusion, c’est d’abord lutter contre l’isolement et la solitude, c’était le thème qu’avait proposé durant sa campagne Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET avec le pacte solidaire pour Paris.

A Paris, comme dans les grandes métropoles, la solitude et l’indifférence explosent.

Mon expérience associative de 20 ans avec les programmes « Voisins Solidaires » m’a appris deux choses.

Ils m’ont appris deux choses importantes, qui pourront vous être utiles, Madame la Maire.

La première, c’est que le politique ou l’institution ont du mal à mobiliser les habitants. Ils savent faire pour, mais ne savent pas faire avec. Il faut donc mettre en place des stratégies innovantes.

La seconde, c’est que, pour construire une ville plus fraternelle et solidaire, il n’est pas toujours nécessaire de créer une nouvelle structure, il n’est pas besoin de moyens supplémentaires ou de dépenser plus. Les habitants sont prêts à agir généreusement pour peu qu’on les sollicite avec des projets simples, accessibles et porteurs de sens.

Merci, Madame le Présidente.