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Intervention de Déborah Pawlik sur la ville intelligente – Mai 2015

27 mai 2015

Madame la Maire, Chers collègues,

A l’heure où San Francisco est devenue depuis longtemps la capitale du numérique, Tel Aviv celle de l’innovation, Paris songe timidement à devenir une ville intelligente.

Nous partageons tous le constat que vous dressez dans la communication : il faut innover pour répondre à de nouveaux enjeux, saisir les opportunités offertes par la révolution numérique.  Tout ceci n’a certes rien de surprenant ni de révolutionnaire, mais a au moins le mérite de mettre tout le monde d’accord.

Nous sommes en revanche plus circonspects sur votre définition même de la ville intelligente. Avant de lancer un plan stratégique, encore faut-il savoir en effet de quoi nous parlons. Et le titre même de votre communication-Paris intelligent et durable- laisse entendre Mme le Maire que vous passez un peu à côté du sujet. Une ville intelligente, c’est en effet une ville qui met le numérique au service de son développement durable. La ville n’est donc pas intelligente et durable, mais intelligente POUR être durable ! Nuance de taille…

Par ailleurs, envisager un plan stratégique, se projeter dans une ambition pour 2020, nécessite d’être capable de faire un bilan critique de ce qui a déjà pu être mis en place et corriger dès aujourd’hui certains dispositifs. Je ne prendrai ici que deux exemples.

L’application « Dans ma Rue » tout d’abord, est censée rapprocher les citoyens des services de la Ville. Belle initiative. Mais malheureusement, la Ville a mis en place le volet grand public, avec beaucoup de communication sans préparer les services en amont. Aujourd’hui, l’application connait donc de multiples dysfonctionnements qui découragent les Parisiens. Preuve s’il en est, elle obtient la note d’1,5 sur 5 sur l’apple store, ce qui est très faible !
L’application « Paris Taxis » est également un échec relatif, de l’avis même des chauffeurs de taxis, et ce alors  que, cette fois encore, l’intention était là encore louable.

Alors vous allez probablement me répondre qu’il ne s’agit que de dysfonctionnements techniques auxquels il sera remédié prochainement. Soit. Mais il faut maintenant avancer vite.
Si on se tourne vers 2020, on peut également regretter que  la communication passe à côté d’un certain nombre de sujets.
Les nouveaux outils numériques peuvent en effet être le support d’un certain nombre de politiques publiques, par exemple en matière de sécurité.

Sans doute pour des questions d’idéologie, ou pour ne pas froisser l’aile gauche de votre majorité, vous masquez les apports du numérique pour la gestion quotidienne de la sécurité.

Pourtant, à l’heure où nous faisons face à une menace terroriste aux forte, le réseau de vidéoprotection doit devenir un outil de premier ordre. Chicago par exemple a développé un système de détection des comportements anormaux qui a fait ses preuves. Pourquoi passer à côté  à Paris ?

Dans la sécurisation de l’espace public également, les données peuvent être de précieux atouts. A New York, un logiciel prédit chaque matin les possibles secteurs où des faits de délinquances pourront se produire dans la journée, en agrégeant les données météo, l’historique des faits délictueux. Les policiers organisent donc leur patrouilles dans ces secteurs en priorité.

Alors oui Mme la Maire, il est temps que Paris entre dans la ville intelligente, mais au service des Parisiens. La ville intelligente ne doit pas être un gadget, mais faire de la capitale une ville plus interactive et attentive aux problématiques de ses habitants.