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Intervention de Florence Berthout sur le plan de renforcement de la propreté et la stratégie zéro déchet – Février 2016

17 février 2016

Madame la Maire, Mes chers collègues,

Vous avez le sens de la formule et le culot qui va souvent avec : « stratégie 0 déchet ! »  C’est que vous annoncez un grand plan pour la propreté de Paris quand le dernier remonte à il y a deux ans à peine. Et il utilisait quasiment les mêmes mots et les mêmes intentions. Les exécutifs passent, la saleté reste !

Pas une journée, je devrais dire pas une heure sans qu’un maire d’arrondissement ne soit interpelé sur la saleté de la Capitale.

Selon un sondage publié en octobre 2015 par le Parisien, 68% des Parisiens sont mécontents de la propreté de Paris. Pour Trip Advisor, la Capitale arrive à la 33e place sur 40 villes de son classement.

Pourtant le poids de la fiscalité liée à la propreté n’a cessé d’augmenter ces dernières années. La taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et les redevances versées par les professionnels (488 millions d’euros en 2014) sont bien plus élevées que le coût réel de collecte et de traitement des déchets (410 millions d’euros). Entre 2001 et 2013, les recettes de cette taxe et les redevances versées par les professionnels ont augmenté de 55%. Quant à la taxe de balayage, elle a également connu une augmentation vertigineuse pouvant aller jusqu’à plus 600% pour certains ménages, entre 2011 et 2012.

Les moyens déployés, dites-vous, sont déjà énormes. La propreté à Paris, c’est aujourd’hui : 4900 éboueurs, 690 conducteurs, 500 bennes, 500 engins, un demi milliard de budget annuel.

 Mais ces moyens son inégalement répartis, et aujourd’hui totalement inadaptés à la réalité du terrain. Nous manquons par exemple systématiquement de balayeurs. Le Ve a aussi besoin d’au moins 5 balayeurs supplémentaires pour tenir compte du seul roulement des équipes, des congés et des absences.

 La direction de la propreté et de l’eau utilise encore trop souvent, qui plus est, du matériel vieillissant pour ne pas dire vétuste, ce qui retarde des opérations de nettoiement. Sans parler des véhicules diesel qui représentent encore plus d’un tiers (36%) du parc de la régie de la Ville de Paris, ce qui génère autant de pollution que de nuisances sonores. S’ajoute la question qui prête hélas trop souvent à sourire (même si elle ternit considérablement l’ancrage de la Capitale auprès des touristes) celle du déploiement notoirement insuffisant des sanisettes.

 Vous annoncez un renforcement des moyens humains et techniques sur la propreté, très peu sur le renforcement des sanisettes. Poursuivez, de grâce, l’effort sur les deux volets.

 Je suis intervenue à plusieurs reprises auprès de vous, Cher Mao Peninou, pour que le 5e, notamment aux abords des quartiers les plus touristiques bénéficie de sanisettes supplémentaires, par exemple sur les emplacements libérés par les cabines téléphoniques (40 boulevard du Port-Royal, 4, place du Petit-Pont, 69quai de la Tournelle, 27, rue Censier, 93 rue Mouffetard, 272 rue St Jacques, 41 rue des écoles …). Or à ce jour, seuls deux projets seraient à l’étude, ce qui est notoirement insuffisant. De la même manière je demande avec mon groupe l’extension des horaires d’ouverture desdites sanisettes.

 « Paris n’est pas une ville sale mais une ville salie ! » dites-vous, ajoutant au passage « nous allons vers une verbalisation massive ». Il y a encore de mauvais médecins qui préconisent de traiter le mal par le mal. En l’état, une verbalisation massive ne réglerait rien. Il est impossible de mettre un agent verbalisateur derrière chaque contrevenant et la saignée risque d’aggraver l’état du malade si les moyens supplémentaires ne servent pas prioritairement à réduire l’état de saleté de l’espace public parisien.

Il faut avant tout accepter d’adapter le travail des équipes de nettoyage aux nouveaux usages de la voie publique. Les habitudes des touristes et des parisiens dans les lieux publics ont en effet considérablement évolué ces dernières années. On stationne aujourd’hui là où l’on ne faisait que passer hier. La tradition du grand coup de propre du matin, comme vous dites, « c’est fini !» 

 Cette situation est aggravée par le fait qu’au sein des services techniques de la propreté de Paris, la priorité est toujours donnée à la collecte pour des raisons d’ailleurs bien compréhensibles de salubrité publique au détriment de la propreté des rues. La collecte des objets encombrants signalés et la collecte des dépôts sauvages sont quotidiennes, tandis ce que la propreté des rues se fait selon une planification sur des zones prioritaires souvent en fonction aussi des moyens humains disponibles. Cette situation aléatoire explique en partie le fait que les axes secondaires sont toujours moins bien traités, voire quant le manque de personnel est criant, pas traité du tout, en particulier le week-end.

 Cette organisation souvent déconnectée de l’état de propreté – en l’espèce de saleté – de l’espace public parisien ne pourra notoirement être améliorée sans une implication des mairies d’arrondissement avec par exemple la création de pôles logistique et technique sous l’autorité des maires. Voilà un domaine important dans lequel un transfert de compétence ferait sens pour peu qu’il soit évidemment assorti du déploiement des moyens nécessaires.