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Intervention de Frédéric Péchenard sur le budget spécial de la Préfecture de Police – Décembre 2014

13 février 2015

Madame la Maire,

Monsieur le Préfet,

Le besoin de sécurité n’a jamais été aussi fort qu’aujourd’hui pour les Parisiens. Malgré nos demandes répétées sur la publication systématique des chiffres de la délinquance, nous assistons à une omerta de la Mairie de Paris et du Préfet de Police sur ce sujet.

Je me suis donc, comme d’habitude, reporté aux travaux de l’O.N.D.R.P. Je rappelle que cet observatoire est placé au sein d’un établissement public, placé sous la tutelle du Premier ministre. Les statistiques que je vais vous communiquer sont à la disposition de tous sur le site de l’Observatoire.

Je rappelle pour la méthode que l’Observatoire présente ses chiffres sur douze mois glissants. Ils sont malheureusement très éclairants sur le niveau d’insécurité à Paris.

Les atteintes aux biens, c’est-à-dire les vols, ont progressé sur douze mois glissants de 13,5%, soit 22 134 faits de plus que l’année dernière (60 par jour).

Les escroqueries ont progressé de 25% par rapport à l’année dernière, soit 6 727 faits de plus (18 par jour).

Les violences aux personnes ont continué de progresser fort heureusement très modestement, de 1%, mais avec une augmentation forte des violences sexuelles de 12,7% et surtout des atteintes aux agents dépositaires de l’autorité avec plus de 13,2%.

Cette dernière statistique m’inquiète. Cela signifie que l’année dernière 2 696 actes de violence ont été commis, 7 policiers sont victimes à Paris de violences tous les jours. Fait rarissime, les policiers ont manifesté le mois dernier pour témoigner de leurs difficultés chaque jour croissantes pour accomplir leur mission.

Le gouvernement par sa politique pénale casse le travail des forces de police, avec un discours compassionnel envers les délinquants et une déconstruction en règle du Code pénal. Le gouvernement démotive des agents qui accomplissent, faut-il le rappeler, une mission particulièrement difficile, parfois au péril de leur vie.

Visiblement en panne d’idées concernant la lutte contre la délinquance, vous avez fait de la question des effectifs l’alpha et l’oméga de votre politique. Avec un plan de communication affûté, vous nous avez annoncé l’an dernier l’arrivée de 300 jeunes gardiens de la paix. Vous avez été, en revanche, beaucoup plus discrets au sujet des 286 mutations enregistrées quelques jours plus tard. Au total, le bilan des renforts est assez limité et totalement imperceptible pour les Parisiens.

Votre majorité a entrepris une véritable paupérisation des services de police. Votre gouvernement diminue les crédits alloués aux moyens matériels indispensables à l’accomplissement des missions. Même les équipements de protection des policiers ne sont pas épargnés par une logique budgétaire aveugle.

L’état de délabrement de l’hôtel de police du 14e arrondissement n’a pas pu échapper au ministre de l’Intérieur lors de sa récente visite, et ce n’est pas le seul à Paris. Pourtant les crédits manquent pour la rénovation des commissariats dont certains contiennent encore de l’amiante.

Encore une fois, ce désengagement traduit le manque de considération de votre majorité envers les policiers. L’amendement que vous avez opportunément déposé aujourd’hui pour l’achat de dix véhicules non diesel pour la brigade anti-criminalité est l’arbre qui cache la forêt.

Or, la Ville de Paris a des leviers pour aider les policiers dans l’accomplissement de leur mission. Je veux parler du nécessaire renforcement de la vidéo-protection. Les policiers disposent d’un outil précieux pour l’élucidation des faits de délinquance et l’organisation de patrouilles. Il faut désormais aller plus loin en densifiant le réseau à Paris et en engageant un dialogue avec nos départements voisins pour l’étendre à l’ensemble du périmètre du Préfet de police.

Je crois que la Maire de Paris a aussi un rôle important à jouer pour accroitre l’efficacité des services de police en leur permettant de se loger convenablement à Paris. Si l’on souhaite des policiers pleinement impliqués dans leur mission, mais aussi dans la vie de leur quartier, il faut les fidéliser au territoire parisien.

Un vœu en ce sens, je le rappelle, a été adopté au mois de juin dernier. J’aimerais avoir un premier bilan des actions mises en œuvre.

Les Parisiens jugent votre politique de sécurité à l’aune des résultats en matière de lutte contre la délinquance. Ils sont las des postures politiciennes qui donnent le sentiment de ne pas les entendre.

La démission de la Gauche sur la sécurité entre 1997 et 2002 a produit les résultats que l’on connait tous. Force est de constater aujourd’hui que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

La Préfecture de police est incontestablement l’une des variables d’ajustement de votre budget. Votre engagement de campagne, Madame la Maire, de maintenir la contribution de la Ville à la Préfecture de police a fait long feu. La baisse de celle-ci (5,7 millions en fonctionnement et 3 millions en investissement) aura pour conséquence d’amputer les capacités opérationnelles, qu’il s’agisse de la Brigade des Sapeurs-pompiers ou de la Police nationale.