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Intervention de Frédéric Péchenard sur les attentats – Novembre 2015

23 novembre 2015

(Seul le prononcé fait foi)

Madame la Maire,
Monsieur le Préfet de Police,

Permettez-moi en premier lieu de saluer une nouvelle fois l’exceptionnelle efficacité de nos forces de l’ordre. On ne leur témoignera jamais assez notre reconnaissance infinie à ceux qui mettent leur vie en danger pour sauver celle des autres. C’est donc à l’ensemble de nos services de renseignement, d’investigation et bien évidemment d’interpellation que je tiens ici à rendre hommage.

Plus rien ne sera jamais comme avant, chacun s’accorde ici à le reconnaître. Les pouvoirs publics ont donc l’ardente obligation d’adapter leur politique pour diminuer l’exposition à la menace terroriste.

Dès janvier 2015, nous vous alertions sur l’urgence d’adapter votre politique de sécurité à la nouvelle menace. Nous avions conscience, sans figurer pour des oiseaux de mauvais augure, qu’un nouvel attentat serait probable. Comme nous savons tous aujourd’hui que cette guerre n’en est qu’à ses premières batailles.

En mars 2015, nous débattions du nouveau contrat de sécurité pour Paris. Notre groupe confiait sa stupéfaction de ne voir aucune fiche consacrée à la question des attentats. C’est pourtant aujourd’hui le sujet qui préoccupe l’ensemble des acteurs du contrat parisien de sécurité, la Préfecture de Police et le Parquet évidemment, mais aussi le Rectorat de Paris. Aussi, il nous semble indispensable qu’une révision du contrat de sécurité ait pour objet d’introduire une fiche action sur la menace terroriste. Cette actualisation pourrait également inclure la question des flux de migrants. Le territoire parisien fait face à un afflux massif, sans qu’on ne sache véritablement qui sont ces personnes : migrants, réfugiés ou individus radicalisés de retour de Syrie ?

En juin dernier, à l’occasion de l’adoption du budget supplémentaire de la Préfecture de Police, je vous faisais part de mon étonnement à ce qu’aucune mesure financière ne soit prise, quelques mois après les attentats de janvier. Pourtant, les modes opératoires inédits des terroristes sur notre territoire nous obligent à adapter l’équipement de nos forces de police. Je crois qu’on aurait pu profiter de ce budget supplémentaire pour adapter l’arsenal des forces de police aux nouvelles formes d’attentats lourds. Je souhaite donc que le budget 2016 de la Préfecture de Police soit innovant sur ce point.

En septembre, nous débattions d’un plan de renforcement de la vidéoprotection qui n’en avait que le nom. Par souci d’économie, vous avez délibérément refusé de répondre à l’ensemble des demandes exprimées par la Préfecture de Police. C’est désormais une urgence absolue. Je crois que chacun conviendra ici de l’aide précieuse apportée par les caméras dans la nuit du 13 au 14 novembre. A chaque phase de ces évènements tragiques, l’appui du PVPP a été fondamental pour toutes nos forces déployées, qu’ils s’agisse des troupes d’intervention, mais aussi de secours. Les caméras ont été évidemment décisives ensuite pour traquer les terroristes en fuite. La densification du réseau de caméras doit être lancée au plus vite. Cela permettra bien sûr de décupler son efficacité. Au-delà de la seule question du nombre de caméras, j’estime qu’il va falloir aller beaucoup plus loin dans le traitement des images. Je pense bien évidemment à la détection automatisée de tout comportement suspect.

Toujours en septembre dernier, nous vous suggérions de revoir le règlement de la police nationale pour permettre aux policiers de porter en permanence leur arme de service. La riposte immédiate est l’une des armes les plus efficaces en matière de terrorisme. Il est heureux que le Gouvernement nous ait rejoints là dessus. Les 30.000 policiers parisiens participeront directement à présent à la sécurisation de la capitale en dehors de leur service.

Depuis le début de la matinée, à rebours de la dignité réclamée pour ce débat, vous nous resservez votre antienne sur la question des effectifs de police. Je vous rappelle simplement que depuis 2012, les effectifs de sécurité sont en baisse. La France a perdu 947 policiers et 1018 gendarmes depuis 3 ans. Pendant ce temps, vous ne parlez pas des réponses immédiates pour accroître sans délai la présence policière sur le terrain. Au-delà de la seule question des effectifs, le véritable défi aujourd’hui pour la police est de disposer des moyens pour accomplir ses missions, notamment pour les services de renseignement. Avec mes collègues, nous souhaitons faire appel sans délai à la réserve statutaire de la police nationale. Monsieur le Préfet de Police, pouvez-vous nous préciser combien d’hommes et de femmes cela représente sur le territoire parisien ?

Vous le constatez, notre groupe vous propose de prendre des mesures fortes, qui nous poussent parfois à sortir des prérogatives de la Ville de Paris. Nous espérons sincèrement qu’elles seront étudiées avec l’attention que la situation exige. Par ailleurs, notre groupe sera très vigilant sur le suivi des annonces faites aux niveaux national et parisien. Au lendemain des attentats de janvier, si les discours ont pu paraître forts, les mesures annoncées sont souvent inappliquées à ce jour. La sanction a été immédiate. Nous devons donc rompre avec les annonces sans lendemain.

Je vous remercie.