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Intervention de Jean-Didier Berthaut sur la pollution – Mai 2014

13 février 2015

M. Jean-Didier BERTHAULT. – Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, deux mois après un mariage arrangé, voire forcé avec les Verts sur le dos des

Parisiens, voilà donc la saison des vœux.

Les fiançailles n’avaient pas été de tout repos, à en croire les échanges parfois vifs entre la candidate socialiste et son rallié écologiste, mais nous aurions pu nous attendre à la concrétisation plus formelle de votre union.

À raison, Monsieur NAJDOVSKI, vous avez rappelé tout au long de la campagne, mais surtout à quelques jours du premier tour, l’ambivalence, voire l’indifférence d’Anne HIDALGO sur les questions écologiques. Déjà adjoint au Maire, vous n’avez pas hésité à critiquer le bilan de votre majorité en regrettant que, je vous ci te : « la Mairie de Paris se contente de mesures dérisoires », des mesures que vous nous proposez aujourd’hui de reconduire.

En plein épisode de pollution, vous condamnez, à juste titre, les 10 jours de silence et d’inaction incompréhensibles de la candidate socialiste. En dépit de ces critiques sur une candidate qui n’ose pas prendre les mesures qui s’imposent et reste muette sur la qualité de l’air, vous avez troqué vos convictions contre un fauteuil d’adjoint au soir du premier tour. Ce n’est pas ce vœu qui, s’il vous a permis une large communication dans la presse, viendra restaurer cette crédibilité perdue.

Je m’attarderai simplement sur l’un de ces volets. Jeudi dernier, AIRPARIF a présenté le bilan de l’application de la circulation alternée le 17 mars dernier, à point nommé donc, pour éclairer notre semblant de débat d’aujourd’hui.

Vous le savez tous, cette mesure de circulation alternée date de la loi sur l’air de 1996 et a fait l’objet d’une première application en octobre 1997. Il a fallu attendre 17 ans pour une seconde application du dispositif. Nul besoin donc d’être grand clerc pour comprendre que ce dispositif n’a pas la réactivité qu’impose une lutte sincère contre la pollution. Le principe même de la circulation alternée souffre d’un écueil indépassable.

Sous couvert de disposer d’un numéro de plaque compatible, un véhicule très polluant, comme un imposant

4×4, un autocar totalement vétuste ou un camion d’un autre âge, peuvent circuler sans restriction et continuer d’émettre des quantités importantes de particules fines. Pendant ce temps, une citadine essence qui n’émet quasiment pas de particules fines devra rester au garage. L’acceptabilité sociale du dispositif est donc très limitée. Celle-ci est d’autant plus faible que la longue liste de dérogations induit un système à deux vitesses.

Le Gouvernement a achevé de convaincre toutes personnes ayant un sens du développement durable, même limité. En effet, votre Gouvernement a fait l’exact inverse de ce qu’il fallait faire en pareilles circonstances.

Alors que l’épisode de pollution sévissait depuis le mercredi 5 mars, le Gouvernement a tergiversé pendant

10 jours avant de prendre une décision. Ceci est d’autant plus inacceptable que les services d’AIRPARIF avaient anticipé avec justesse le franchissement du seuil d’alerte aux particules fines. Cette inertie a contribué à prolonger l’exposition des Parisiens à un niveau de pollution incompatible avec la santé publique.

L’application tardive de la mesure n’a pas été motivée par des considérations écologiques. AIRPARIF reconnaît qu’il n’y a pas eu d’épisode de pollution les 16 et 17 avril. Il s’agissait surtout d’éteindre une polémique à quelques jours du premier tour et de sauver les accords avec les Verts.

Pourtant, la candidate Anne HIDALGO aurait tout fait pour que la circulation alternée ne s’applique pas, selon le gênant vice-président Verts de la Région en charge des Transports, qu’il a fallu faire taire rapidement en pleine campagne électorale.

Le bilan qu’adressait AIRPARIF ne plaide pas pour la systématisation de la circulation alternée comme le propose votre vœu. La baisse de la concentration des particules fines n’a été que de 6 %, quand dans le même temps le trafic était réduit de 18 %. Il semble donc que le vent – je parle du phénomène climatique, et pas celui brassé par votre majorité – ait été déterminant pour interrompre l’épisode de pollution. Cet épisode de pollution a été le signe d’un double échec. L’échec d’une majorité sortante à lutter contre la pollution avec deux pics majeurs en moins de quatre mois, mais aussi l’échec prévisible de mesures inadaptées.

Vous nous proposez ni plus ni moins que de poursuivre dans cette impasse quand la situation exige des actes forts. La pollution est un sujet d’inquiétude pour les Parisiens. Il mérite maintes fois mieux que des gesticulations médiatiques et des renoncements politiques.

Prisonniers de votre idéologie, allez-vous continuer à refuser les solutions pragmatiques et efficaces que nous vous proposons dans le vœu déposé par Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et Yann WEHRLING au nom des groupes UMP, UDI et MODEM ? C’est tout l’enjeu de ce débat et du vœu présenté.

Je vous remercie.