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Intervention de Jean-François Legaret sur la réforme de l’administration parisienne – Mai 2014

13 février 2015

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. – Madame la Maire, mes chers collègues, c’est votre première communication. C’est donc une de vos propositions premières, prioritaires, primordiales de ce début de mandature.

Il s’agit, selon vous, d’une réforme profonde de l’administration parisienne. A contrario, le moins que l’on puisse dire s’agissant de la gestion des ressources humaines,vous êtes nous sommes bien loin de donner quitus à la gestion de votre prédécesseur, dont vous avez été la première adjointe, en apparence solidaire, pendant 13 années. Mais sur la piste des propositions nouvelles, nous ne trouvons dans cette communication sans vote, qu’un fourre-tout décevant et inconsistant.

En effet, dans ce texte censé donner de grandes orientations de réforme à l’administration parisienne, nous constatons que vous êtes définitivement fâchée avec la culture de l’évaluation. Réformer l’administration parisienne, une administration aussi importante que vous avez d’ailleurs largement contribué à augmenter.

Dois-je rappeler les 14.000 agents supplémentaires ? Désormais, 54.000 agents nécessitant, pour le moins, un état des lieux complet, rigoureux, quant à l’analyse quantitative, qualitative de l’exécution des missions de tous ces agents, de leur impact budgétaire dans le cadre de la gestion générale de Paris, à travers une masse salariale qui, désormais, dépasse les 2 milliards d’euros.

Réformer l’administration parisienne, c’est réformer Paris au service des Parisiens. Mais réformer l’administration parisienne, c’est d’abord l’évaluer, avant de s’engouffrer dans des tâtonnements hâtifs, autoritaires, démagogiques.

Évaluer, c’est la mission de partenaires extérieurs, indépendants, compétents qui établissent des documents d’analyse et de mise en perspective claire et incontestable. Évaluer, ce n’est pas s’évaluer soi-même. Dans ce premier acte de « management », comme votre prédécesseur aimait à employer ce terme, vous ne procédez à aucune évaluation des services et des personnels de la Ville, aucun audit ciblé sur les ressources humaines en vue, à moins que, grâce à notre contribution des groupes UMP, UDI et MODEM, à la suite de la proposition de délibération que nous avons déposée en conférence d’organisation, un audit général budgétaire e t financier soit décidé, mais on attend, de ce point de vue-là, votre réponse.

Vous conviendrez alors qu’il aurait été plus cohérent et constructif de commencer par un bilan approfondi de l’ensemble du fonctionnement des services de la Ville, des aspirations de ces personnels, plutôt que d’imposer tout cela sur un mode : « Circulez, on verra plus tard ». En réalité, vous n’avez pas changé d’une mandature à l’autre. L’évaluation, on oublie et la concertation, cela laisse de très mauvais souvenirs.

Mais voilà, mes chers collègues, même dans cette assemblée, la vérité finit toujours par s’imposer. Le groupe UMP a notamment demandé, lors de la précédente mandature, deux missions d’information et d’évaluation : l’une sur les effectifs et la gestion des ressources humaines, et l’autre sur la politique immobilière de la collectivité parisienne. Vous auriez pu déjà vous inspirer des conclusions de cette MIENBE(?) sur les personnels, qui avaient fait des révélations d’importance. Plus de 10.000 agents embauchés en dix ans, dont un tiers seulement, contrairement à vos affirmations, est affecté à l’ouverture d’équipement de proximité.

Autre point : le taux d’absentéisme et son coût pour le contribuable parisien. Plus de 10 % pour l’absentéisme et 200 millions d’euros pour le coût, soit 10 % de la masse salariale. On remarquera le silence total de votre communication sur ce sujet central qui conditionne la qualité du service public municipal et qui devrait constituer une priorité dans cette communication.

Silence réitéré, je le répète, sur le montant des 15 plus grosses rémunérations de la collectivité parisienne, malgré les instructions de la Chambre régionale des comptes et la demande de la C.A.D.A.

Sur la politique immobilière, je ne rappelle pas les révélations importantes qui ont été faites sur le sous- investissement en matière de logements : en réalité, 400 millions d’euros investis sur le compte foncier en dix ans, soit 40 millions d’euros par an.

Reparlons de « c’était mieux », Madame La Maire, que vous évoquez très à la marge dans votre communication. Vous nous dites qu’il s’agira de prendre en compte les conclusions de cette mission. Vaste programme, car non seulement les 15 recommandations de la M.I.E. ont été adoptées à l’unanimité, mais elles ont été confortées par le rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France consacré à la gestion des biens du domaine public. Dans cet esprit, vous auriez pu mentionner la mise en place du Conseil immobilier de la Ville, et vous ne le faites pas.

J’ajoute que la M.I.E., comme la Chambre régionale des comptes, recommande d’assurer un suivi régulier des nouvelles implantations administratives devant le Conseil immobilier de la Ville.

Nous attendons donc que tous les moyens nécessaires soient donnés au Conseil immobilier de la Ville afin d’exercer au mieux la mission stratégique qui lui est confiée.

Avec nos collègues UMP, UDI, MODEM, nous avons également déposé un vœu pour améliorer la procédure budgétaire. Nous espérons que vous allez le faire voter.

Vous l’aurez bien compris, Madame La Maire, votre communication n’est pas à la hauteur des aspirations des Parisiens. Elle ne porte aucune vision, alors que les personnels de la Ville, que nous connaissons bien par la qualité et leur motivation, accomplissent un travail remarquable, souvent dans des conditions difficiles.

Alors plutôt qu’autosatisfaction, autocongratulation, revoyez votre politique dévaluation avant d’imposer sans concertation une réforme précipitée. Repensez votre dialogue social à l’égard des agents de la collectivité dans le respect des élus, de plus en plus mal informés des décisions autocratiques et centralisées.

En un mot, Madame le Maire, n’oubliez pas les Parisiens.