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Intervention de Jean-Francois Legaret sur la Samaritaine – Mai 2014

13 février 2015

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. – Madame la Maire, mes chers collègues, la Samaritaine, vaste paquebot échoué en plein cœur de Paris nécrosant tout le commerce environnant, vient de subir un nouvel et grave avatar : 70.000 mètres carrés, 460 millions d’euros de budget, plus de 2.000 emplois à la clé se trouvent paralysés par la décision, aussi inattendue qu’inédite, du Tribunal administratif de Paris qui, le 13 mai dernier, a annulé le permis de construire délivré par la Mairie de Paris.

C’est la première fois que, de manière aussi subjective, les magistrats qui doivent juger en droit se sont prononcés sur des critères purement esthétiques. En résumé, le projet de l’agence « Sanaa », pourtant lauréate du très prestigieux prix Pritzker 2010, est jugé trop moche pour son environnement monumental.

Comment en est-on arrivé à cette situation aberrante ?

D’abord, parce que le Plan local d’urbanisme, notre célèbre P.L.U. accouché dans la douleur en 2006, est aussi confus que mal rédigé. Puisque ce sont ses termes mêmes qui ont permis ce jugement et ce, malgré une révision partielle en 2010, qualifiée en interne d’ »amendement Samaritaine », qui n’avait d’autre projet que de faciliter le projet phare porté par le groupe LVMH. Pardon de dire les choses crûment mais je pense qu’on est là pour se parler.

Voilà le résultat affligeant d’une très mauvaise approche de la Mairie de Paris sur la place de l’architecture contemporaine dans notre ville. Place d’ailleurs bien controversée.

Qu’on en juge par les sorties intempestives et malheureuses de Bertrand DELANÖE au sujet des tours, seul remède, selon lui, pour faire face à la crise de la construction à Paris.

Qu’on en juge à proximité immédiate sur le site des

Halles par le résultat plus que contestable des choix architecturaux du Maire de Paris.

Qu’on en juge dans le 15e arrondissement par le projet de la tour Triangle.

Est-ce là votre contribution à la création architecturale contemporaine dans notre ville ?

En ce jour, Madame la Maire, où vous soumettez à notre Assemblée une charte de déontologie, que dire du rôle d’un maire d’arrondissement appartenant à votre majorité, en situation manifeste de confusion, voire de conflit d’intérêt ?

Aujourd’hui deux questions se posent. La première, il est vrai, ne relève pas des prérogatives municipales : quel sera le jugement en appel des juridictions administratives ? Mais la deuxième nous concerne : la Mairie envisagerait une nouvelle révision partielle du P.L.U., un deuxième « amendement Samaritaine » en quelque sorte.

Dans quel but et pour aboutir à quoi ? A renoncer à une création architecturale contemporaine ou, a contrario, à faciliter, par dérogation au principe général du P.L.U., un tel projet ?

Par ailleurs, quelles dispositions comptez-vous mettre en œuvre pour faire taire les soupçons de bienveillance particulière de l’Exécutif parisien à l’égard de ce projet ? Et préciser le rôle d’un maire d’arrondissement, élu socialiste, très mal élu par ailleurs, mais très concerné par les règles de déontologie que vous prétendez attendre des élus parisiens.

Sur ces points, Madame la Maire, vous devez une réponse.