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Intervention de Jean-Pierre Lecoq sur le logement – Mai 2014

13 février 2015

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. – Merci.

Mes chers collègues, comme beaucoup d’orateurs, laissez-moi d’abord m’étonner de la forme de la communication qui, justement, n’en est pas une, que vous avez choisie pour initier ce débat sur le logement que vous avez érigé, nous le savons, comme priorité de votre mandature.

Certes, vous avez voulu communiquer dès la première séance, mais l’ampleur du sujet, la gravité de la situation et l’incertitude des financements de l’Etat auraient dû vous conduire à introduire ce débat avec un bilan objectif de l’action de votre prédécesseur dans ce domaine et après vous être assurée de l’implication réelle de l’Etat à Paris, qu’il s’agisse du montant des aides apportées (alors que, malheureusement, de nouvelles coupes budgétaires se profilent) ou des prix envisagés pour les cessions de terrains publics.

S’agissant de la situation laissée par votre prédécesseur, elle est catastrophique sur le plan des chiffres et, de fait, sur la voie, elle figure en creux dans votre vœu où, entre beaucoup d’exhortations et autant de suppliques, vous avouez nombre d’insuffisances.

Si vous daubez à foison sur le petit gain de population constaté, vous ne dites rien sur les migrations considérables intervenues depuis 2001 en raison d’une hausse de prix catastrophique dont vous êtes en grande partie responsable et dont vous ne pouvez vous exonérer.

Le premier, vous le reconnaissez. Le nombre de demandeurs de logement, près de 150.000, n’a jamais été aussi élevé et a cru de 50 % par rapport à 2001. Ce chiffre prouve qu’il est impératif que l’effort de construction soit maximal, tout en étant diversifié pour répondre à l’hétérogénéité de la demande.

Or, depuis 13 ans, vous n’avez que fort peu construit et, par votre politique d’acquisition d’immeubles destinés à être conventionnés, vous avez poussé les prix à la hausse tout en poussant une partie des classes moyennes à la rue !

Les chiffres sont implacables : depuis 2001, la construction de logements privés neufs à Paris s’est tarie, les promoteurs privés ont tous, les uns après les autres, déserté Paris, trouvant dans les communes de la proche couronne les charges foncières et les autorisations indispensables pour leurs opérations.

Par votre volonté idéologique de vouloir mixer sans retenue tous les publics, vous avez cassé la construction privée tout en créant dans un certain nombre de quartiers des situations difficiles.

Quant aux logements sociaux créés dans certains arrondissements, ils sont parmi les premiers à être loués une partie de l’année à des tarifs élevés, quand on ne les retrouve pas sur des sites spécialisés de locations touristiques.

S’agissant de la hausse des prix, votre bilan est malheureusement terrifiant : alors qu’au deuxième trimestre 2000, le prix moyen du mètre carré à Paris était de 3.100 euros, il est passé au deuxième trimestre 2010 à plus de 7.000 euros, soit un coefficient multiplicateur de 2,3. Rappelons qu’au cours de la décennie précédente, de 1990 à 2000, le prix du mètre carré à Paris n’avait quasiment pas bougé. Vous ne pouvez en aucun cas vous en laver les mains, d’abord parce que vous avez été Première adjointe durant toute cette période et surtout parce que la politique précédente a directement contribué à cette hausse des prix.

Premièrement, je l’ai dit, vous avez insuffisamment construit : moins d’un logement social sur deux a été réellement construit, et encore, ce chiffre intègre les réhabilitations lourdes que vous avez assimilées à des constructions de nouveaux logements, systématiquement donc abusivement.

Deuxièmement, vous avez acheté des immeubles que vous mettez des années à transformer en logements sociaux. Chacun d’entre nous avons dans nos arrondissements des immeubles achetés par Paris Habitat et dont la situation n’a pas bougé d’un iota depuis plusieurs années.

Cette politique de logement que vous voulez poursuivre contribue directement à la hausse des prix à Paris. Non seulement en construisant peu, vous n’accroissez que très faiblement l’offre de logements mais surtout, par votre politique d’acquisition et de transformation en logements sociaux d’immeubles privés voués antérieurement à la location, vous accroissez les prix, tout en substituant de nouvelles populations aux classes moyennes qui y vivaient.

Enfin, cerise sur le gâteau, dans le 4e comme dans le 6e arrondissement, vous persistez à vendre à prix d’or les anciens logements du domaine privé, poussant ainsi les prix à la hausse dans ces deux arrondissements et dans tous les arrondissements du Centre.

Madame la Maire, mes chers collègues, vous venez d’annoncer la tenue d’une conférence le 23 juin prochain avec tous les acteurs du logement. Nous vous demandons d’y convier tous les représentants des groupes politiques de notre Assemblée.

Et je vous en remercie par avance.