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Intervention de Julie Boillot sur Vélib’ métropole – Décembre 2015

15 décembre 2015

(Seul le prononcé fait foi)

Madame la Maire,
Mes chers collègues,

Vélib’ et la banlieue, tout avait mal commencé. Vélib’ est né en 2007 sans associer les communes riveraines de Paris. Devant le tollé, votre prédécesseur a dû revoir sa copie. L’improvisation a été telle qu’il a fallu attendre de longs mois avant de sécuriser juridiquement l’avenant. Le contrat initial entre la Ville de Paris et JC Decaux ne prévoyait tout simplement pas que la banlieue puisse être intéressée à déployer un service.

Le contrat actuel s’achevant en 2017, vous avez pris l’attache de certaines communes juste avant l’été dernier. La tentative de concertation commençait alors assez mal. C’est l’APUR qui a seul défini le périmètre idoine de la prochaine génération de Vélib’. Pis, un nombre de stations a été fixé arbitrairement pour chaque commune, sans prendre le soin de les consulter. L’essence même de la concertation aurait commandé qu’un appel à candidatures soit formulé auprès des communes de la première couronne, leur laissant par exemple le temps de définir le nombre de stations qu’elles estiment idéal. Surtout, qu’avec la mise en œuvre de Vélib’ à assistance électrique, l’attractivité du système est démultipliée.

Les comités de pilotage qui se sont tenus à l’automne n’avaient qu’un seul but : éclaircir le financement du futur service. Cela ne trompe personne, madame la Maire, vous ne voulez plus payer pour les communes voisines. Aussi, vous imposez sans aucun débat la logique appliquée à Autolib’, la création d’un syndicat mixte ouvert pour financer le service. En effet, aujourd’hui, l’exploitation de Vélib’ dans les 30 communes riveraines coûte à la ville 6 M€, ou plus exactement cela génère un manque à gagner de 6M€ sur la redevance versée chaque année par JCDecaux.

Ce sujet est volontairement occulté de la délibération, alors qu’il est structurant. Aujourd’hui, ce sont les recettes publicitaires de quelque 1600 mobiliers urbains qui permettent à JCDecaux de financer le service.  La Ville reçoit une redevance assise principalement sur les recettes d’abonnement. À la recherche de recettes toujours plus élevées pour compenser la dérive des dépenses de fonctionnement, vous souhaitez tout simplement attribuer le marché publicitaire au pétitionnaire le plus disant en termes de redevance, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer en terme qualitatif, et ceci alors même qu’une partie de votre majorité est retorse par principe à la publicité.

La logique syndicale que vous essayez d’imposer sous couvert d’argutie juridique vise tout simplement à diminuer les charges supportées par Paris. Au final, la prochaine génération de Vélib’ serait très lucrative pour Paris, des recettes supplémentaires et des coûts en moins.

Les communes riveraines n’ont pas été dupes de la manœuvre. Alors que vous leur demandiez de délibérer sur le principe du syndicat mixte et le mode de financement avant décembre, vous avez été contrainte de reculer pour envisager un simple syndicat mixte d’études.

Les communes, étranglées par la baisse des dotations décidée par votre majorité, ne peuvent pas se permettre une telle charge nouvelle. Déjà, certaines communes évoquaient l’idée de construire leur propre système, d’autres celle de renoncer tout simplement à équiper leur territoire.

Mais des Vélib’ en moins en banlieue, c’est des voitures en plus dans Paris !!! Vous demandez aux habitants de la métropole de renoncer à leur véhicule, mais vous n’assumez pas le financement d’alternative. Aujourd’hui 20% des titulaires d’un abonnement à Vélib’ n’habitent pas Paris. C’est autant de voitures et de pollution en moins.

Dernier point, les statuts du syndicat mixte ont été rédigés par les services de la Ville. Tout semble cadenassé, dans la mesure où Paris disposera de la moitié des droits de vote et les décisions seront prises à la majorité. Quelle marque de défiance vis-à-vis de vos partenaires !

Vélib’ métropole selon vous, c’est avant tout la métropolisation des coûts. Il ne faudrait pas s’y prendre autrement pour mettre à mal la vocation métropolitaine de Vélib’. Peut-être est-ce là d’ailleurs votre dessein : réserver Vélib’ à Paris.

Je vous remercie.