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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la couverture du périphérique – Janvier 2017

1 février 2017

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Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Le boulevard périphérique est un corset autour de Paris, une fracture avec la banlieue, et une blessure dans le tissu urbain. Notre proposition de délibération aujourd’hui a pour objectif de faire de ce site périphérique un véritable point central de la métropole parisienne.

Alors, comment faire ? Il est difficile de dépasser la vocation première du périphérique à moyen terme. Il capte chaque jour 1,3 million de véhicules et constitue de cette manière l’épine dorsale du réseau autoroutier métropolitain. Certes on peut compter sur le renforcement des transports en commun à horizon 2030, grâce au Grand Paris Express. Mais ça ne suffira, probablement, pas à épuiser les besoins de mobilité de l’aire urbaine parisienne. D’ailleurs est-ce que c’est tant le périphérique qui est anachronique, que le mur qu’il instaure entre Paris et sa banlieue ?

Solidement ancré dans le quotidien des Parisiens, le périphérique fait l’unanimité contre lui par l’image négative qu’il véhicule. Pour les uns, il est enfermant, pour les autres, il est infranchissable, pour tous il forme une barrière sclérosante qui nourrit les inégalités spatiales au cœur même de notre métropole. Les inégalités, une frontière qui tend d’ailleurs à se matérialiser davantage ces dernières années, comme en témoigne la récente zone de circulation restreinte. Elle prend appui sur le périphérique pour délimiter l’espace où la qualité de l’air est privilégiée puis l’espace qui subit les reports de pollution et de bruit.

Les émissions de bruit et de pollution, justement, diminuent chaque jour l’espérance de vie des 100.000 riverains immédiats de cet anneau routier. Tous ceux qui vivent aux abords du périph se sentent délaissés, les parisiens comme le habitants des communes riveraines. Ils observent et souvent ils regrettent la concentration des projets de réduction de la pollution se concentrent sur l’hypercentre de Paris. Ces hommes et ces femmes souvent repoussés aux franges de la capitale faute de moyens cumulent alors les précarités dans une indifférence cruelle. Le préfet de police nous confirmait encore cette semaine que la fermeture de la voie sur berge rive droite avait augmenté la circulation sur le periph et les nuisance qu’il accumule. Dès lors, travailler à l’effacement du périphérique participe directement et de manière radicale à l’amélioration du cadre de vie de tous les habitants, cette fois-ci.

D’un point de vue urbanistique ça reste un énorme défi. Loin d’être une rocade monotone, il s’est adapté aux contraintes spatiales. Y’a beaucoup de séquences différentes à aménager chacune avec une identité propre. Les friches et autres délaissés de voirie forment autant de lieux qui gagneraient à réintégrer l’espace urbain, auquel on ne peut pas dire vraiment, qu’ils appartiennent aujourd’hui. Ce potentiel reste tenu totalement à l’écart du développement de la métropole et c’est bien dommage. Quelques projets de couverture ont été bien menés à leur terme, mais d’autres ont été mis à l’arrêt comme celui de la Porte des Ternes.

Notre proposition, c’est donc le lancement d’un appel à projet. Un appel qui permettra d’estomper le périphérique. Il n’a pas vocation à faire succéder une enceinte de béton à une autre. Il s’agit de faire émerger des projets aussi variés que possible. Un foisonnement qui devrait intégrer la question des portes de la capitale. Portes, qui portent d’ailleurs aujourd’hui bien mal leur nom, tant elles sont aujourd’hui imperméables pour beaucoup, en particulier les piétons et les cyclistes. L’effacement pourra prendre des formes très diverses en fonction des contraintes spatiales. Des couvertures légères, des projets plus denses sans heurter une cohérence globale. Il s’agira de répondre aux demandes sans cesse renouvelées des Parisiens pour une ville à la fois plus durable et végétale.

Le périphérique s’est construit sur plusieurs décennies, sa transformation peut s’inscrire dans un temps tout aussi long. La couverture intégrale n’est pas supportable pour les finances publiques. C’est l’intérêt de privilégier la forme d’appel à projets. Notre objectif et notre méthode est d’assurer la viabilité financière des opérations grâce la valorisation foncière séquence par séquence. Les urbanistes et les architectes pourront définir les conditions de la rentabilité de l’opération, en faisant primer par exemple des couvertures plus longues dans la durée. Certaines portes pourront accueillir des gestes architecturaux puissants, qui seront autant d’éléments d’attraction pour les activités économiques. D’autres séquences accueilleront des couvertures plus légères.

Mes chers collègues, à l’évidence, Paris ne peut estomper sa rupture avec sa banlieue sans associer largement ses partenaires institutionnels. Les communes riveraines, la métropole, la région devront, aux côtés de l’État, être associées au projet.

En matière d’urbanisme, c’est souvent des espaces moins attractifs que naissent les projets les plus ambitieux. Ne doutons pas que des équipes d’urbanistes de talents ne manqueront pas de se saisir de ce défi. En tout cas nous vous proposons de le leur proposer.

Je vous remercie.

Pour voir la vidéo de l’intervention de NKM au conseil de Paris, cliquez ici