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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la mise en place d’un groupe de travail sur la Philharmonie – Septembre 2014

18 février 2015

Madame le Maire,

Au départ ce beau projet devait dépasser le clivage droite-gauche. Contraints de reconnaître que  l’Etat se montre plus responsable que vous, nous dépassons ce clivage.

En quelques mois, vous avez démoli l’harmonie qui existait sur ce projet, la synergie que l’on tentait de créer, l’envie commune de voir un fleuron de la politique musicale naître au nord-est de la capitale pour toute la métropole.

Avant de présenter ce vœu, nous avons tenté bien des voies moins « politiques » : question écrite (réponse très insatisfaisante), intervention orale en conseil de paris et interpellations diverses… Aujourd’hui, notre demande est simple : la création d’un groupe de travail qui pourrait d’ailleurs être intégré au Conseil Parisien de la Musique que vous comptez annoncer d’ici quelques jours et qui pourrait être le lieu de réponses aux problèmes soulevés par le dossier.

Permettez-moi de résumer les problèmes que ce groupe de travail devrait traiter :

Juridiquement. Quel statut pour la Philharmonie de Paris ?

Financièrement. Au lieu de répéter à tous les journalistes que le projet coûte trop cher (alors que la moindre des choses est d’assumer les décisions d’un exécutif auquel vous apparteniez), pourriez-vous balayer devant votre porte ? Avez-vous fait renégocier l’emprunt d’investissement comme vous l’annonciez en janvier dernier et donc discuté l’engagement pluriannuel de la Ville pris jusqu’en 2028 ?

Lors de la séance du 18 décembre, Bruno Julliard avait déclaré: « La suite du financement de la Philharmonie sera bien évidemment soumise à vos voix. » Qu’en est-il ? Avez-vous au moins revu les taux d’emprunt ou allez-vous définitivement faire perdre 25 millions d’euros aux parisiens?

En ce qui concerne les subventions pour le fonctionnement, allez-vous oui ou non verser la subvention de 9 millions d’euros à la Philharmonie en année pleine ? Sachant que cette subvention a été calculée, non pas sur un coin de table, mais en cohérence avec un projet artistique.
C’est enfin ce dernier point qui nous intéresse beaucoup, nous, Parisiens, le projet artistique et culturel.

Moi, j’habite à Paris, j’ai des enfants, j’aime la musique et voudrais que mes enfants accèdent aux musiques les plus universelles. Et nous sommes nombreux dans ce cas à Paris. Or, voilà ce que je lis sur la Philharmonie dans la presse :

La ville voudrait un « nouveau modèle économique ». Le modèle a été construit conjointement pendant des années entre la Ville et l’Etat. Il était question de 70 concerts non-classiques sur 270. Que voudriez-vous de plus ou de moins ?

La ville voudrait une « nouvelle programmation ». Vous qui êtes si prompt à laisser « libre » les artistes de programmer ce qu’ils veulent dans les théâtres publics, d’où vient cette soudaine volonté de censurer certains types de musique au prétexte, qui plus est, d’un argument purement financier ? Que nous répondriez-vous si nous demandions moins de Rodrigo Garcia au Rond-Point et plus de Malraux ? Ingérence, donc, d’abord.

Le résumé, c’est le site d’informations culturelles Culture Box qui le donne : selon la Ville de Paris, « la Philharmonie doit s’orienter vers un nouveau modèle économique avec davantage de musique populaire réputée moins chère, et réduire son budget de fonctionnement. » Incompétence, donc, ensuite.

A propos de la date d’ouverture, Bruno Julliard répondait à Vanity Fair en juin dernier (alors que nous avions déjà reçu la programmation de 2015 !) « le plus tard possible ! (…) 2015 ou 2016 ça nous ira » et le magazine de confier que Bruno Julliard en « ricane » … et précise ne pas savoir si tout ceci en vaut la peine. Manque d’intérêt, donc, enfin.

En réalité, vous êtes à la remorque du projet et n’avez aucune vision de ce que doit être une politique musicale à Paris, ce qui va d’ailleurs bien au-delà de la question de la Philharmonie.

Je sais que ce n’est pas de votre faute. Que le manque d’intérêt et de compétences dont vous faites état pour gérer ce dossier s’explique largement par vos œillères idéologiques: Vous pensez sincèrement que les musiques les plus universelles et intemporelles, dont la musique classique, sont inaccessibles aux couches populaires. Vous vous trompez. Vous sous-estimez les parisiens, les parisiens qui cherchent des places en conservatoire pour leurs enfants, ceux-là même qui ont déjà réservé leurs places pour l’ouverture…

Vous développez une approche purement institutionnelle, industrielle et commerciale de la musique et c’est tellement triste. Au moment même où vous créez un Conseil Parisien de la Musique pour réunir l’ensemble des acteurs de la musique actuelle à Paris. Quelle place dedans pour la Philharmonie ? Probablement aucune !

Nous voulons nous impliquer, prendre nos responsabilités, être force de propositions et ne pas vous laisser seuls dans ce dossier. Voici le sens du vœu que nous formulons.