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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la Philharmonie – Juin 2014

18 février 2015

Pourquoi la Ville vend-elle ses parts ? Dans la délibération, aucune réponse si ce n’est la mention suivante « La Ville de Paris a été autorisée par le Ministère de l’Intérieur à prendre part au capital de la SAS Cité de la Musique-Salle Pleyel.

Si elle y a été « autorisée », c’est qu’elle l’a demandé. Alors, la question serait plutôt pourquoi la Ville avait-elle souhaité acquérir des parts de la SAS et pourquoi change-t-elle d’avis alors que la philharmonie était déjà en gestation dans sa forme actuelle ?

Ce dossier, en fait, est un gigantesque flou. Je n’aurai pas l’audace de citer la grand-mère de Martine Aubry devant une assemblée majoritairement socialiste pour ne pas raviver d’amères tensions entre vous mais il semble qu’il y ait beaucoup de « loups » dans cette histoire de Philharmonie.

Permettez-moi de les résumer en quatre points.

Pragmatiquement d’abord. La Ville gère-t-elle si mal son argent qu’elle aurait besoin de 12800 euros pour boucler ces fins de mois ?

Juridiquement ensuite. On voit des problèmes de statuts des structures à tous les étages. La Ville qui achète puis vend ses parts de Pleyel, mais aussi la Philharmonie qui, je le rappelle reste une association loi 1901, ce qui se justifiait au départ du projet mais plus du tout à 6 mois de l’ouverture. Comment une association loi 1901 peut-elle porter un projet de près de 400 millions d’euros avec un budget annuel qui devrait dépasser les 35 millions ? Comptez-vous laisser le statut d’association loi 1901 à la Philharmonie de Paris une fois l’établissement ouvert ?

Troisième point : Financièrement. Quand l’engagement pluriannuel de la Ville pris jusqu’en 2028 auprès de l’association Philharmonie de Paris sera-t-il discuté en Conseil de Paris ? Lors de la séance du 18 décembre, Bruno Julliard avait déclaré: « La suite du financement de la Philharmonie sera bien évidemment soumise à vos voix. » Cet engagement vous a permis de truquer des comptes de la Ville et de camoufler une dette de 151 millions, que vous comptiez découper en « subventions annuelles exceptionnelles ». On sait que vous ne comptiez pas véritablement en avertir les conseillers de Paris ni les parisiens avant qu’un journal ne le dévoile… Pendant la campagne, vous aviez répondu à l’hebdomadaire qui sortait l’affaire que vous alliez revoir les modalités d’emprunt auprès de la Société générale. Qu’en est-il ? Avez-vous au moins revu les taux d’emprunt ou allez-vous définitivement faire perdre 25 millions d’euros aux parisiens? Votre conception du principe de transparence en prend un coup. Sans réponse claire, nous considérons que vous dîtes aux parisiens qu’ils vont devoir payer ces 25 millions d’euros supplémentaires et parfaitement inutiles.

Quatrième point qui n’a pas l’air de vous captiver mais qui intéresse aussi les parisiens, le niveau artistique et culturel. Est-ce parce que la Ville n’est pas d’accord avec l’appel d’offre proposé par la Cité de la Musique et dont nous n’avons même pas copie ou référence dans la délibération que vous souhaitez vendre ces parts en catimini ? Nous aimerions savoir ce que vous pensez de la rédaction de ce marché puisque vous êtes encore théoriquement propriétaire de la SAS Pleyel ? On y apprend que: « La programmation ainsi définie (variété, chanson, pop, rock, jazz, comédie musicale, one man show…) exclut tout concert ou spectacle de musique classique (…) y compris dans le cadre de manifestations à vocation commerciale ou de manifestations à vocation non commerciale (mécénat, soirée de bienfaisance, etc.). »

Nous aimerions savoir précisément et sans détour si la Mairie de Paris trouve normal de supprimer toute possibilité de faire du classique à Pleyel, même de manière non-commerciale ? Normal de considérer qu’il faille tuer Pleyel pour que la Philharmonie ait une chance de succès ?

En réalité, l’exécutif parisien apparaît à la remorque du projet et n’a aucune vision sur ce que doit être une politique musicale à Paris, ce qui va d’ailleurs bien au-delà de la question de la Philharmonie.

Je vous rappelle que le projet était porté par nos deux familles politiques sans clivage. Aujourd’hui, la concrétisation revient à vous seuls. Et vous ne vous en montrez pas à la hauteur. Dans un souci d’intérêt général et pour les impôts des parisiens, nous le refusons.

Je sais que le manque d’intérêt et de compétences dont vous faites état pour gérer ce dossier s’explique largement par vos œillères idéologiques: nous savons que pour certains élus de votre majorité et certains hauts fonctionnaires de la Ville, la musique classique est faite pour les « bourgeois ». Ce qui reviendrait à dire que les musiques les plus universelles, les plus intemporelles, doivent demeurer inaccessibles aux couches populaires. Quel mépris ! Au fond cette approche condescendante est proprement réactionnaire.

Considérant que vous risquez donc de rater la préparation de l’inauguration de la Philharmonie et que vous êtes en train de donner une mauvaise image du projet en le réduisant à des scandales financiers de maquillage de dette par la Ville de Paris, nous vous demandons quelle est votre vision pour la Philharmonie en particulier, la musique classique en général, les grands équipements culturels et les relations avec l’état pour la Ville de Paris ?

En des termes plus simples, Que pensez-vous Mme la Maire? Que voulez-vous Mme la Maire?

Comme il est dit dans la célèbre chanson, Mme la Maire « tu veux ou tu veux pas ? » Et pour paraphraser, la philharmonie peut être magnifique, « faut pas que tu la compliques par tes hésitations. »

A moins que vous ne répondiez précisément à ces questions maintenant en Conseil de Paris, nous nous abstiendrons sur cette délibération.