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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la pollution – Mai 2014

13 février 2015

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. – Merci, Madame la Maire.

Permettez-moi, avant d’aborder le sujet du vœu, d’évoquer le drame qui se joue depuis la semaine dernière en Serbie et en Bosnie. Les deux questions ne sont pas sans lien, d’ailleurs, puisque la multiplication de calamités naturelles est sans doute l’une des suites du changement climatique. Ces pays font face, en tout cas, à de très graves inondations, les plus graves depuis 120 ans, et ce, depuis plusieurs jours. Plusieurs dizaines de morts sont déjà déplorés.Au Groupe UMP, nous voulons témoigner de notre solidarité aux habitants qui souffrent de cette catastrophe, et nous souhaiterions que la Ville de Paris, qui compte d’ailleurs une importante communauté d’origine serbe et bosniaque, examine les moyens d’apporter une aide d’urgence aux sinistrés, comme il en est d’usage.

Venons-en maintenant au vœu. Sur le sujet de la pollution, la Municipalité fait face à son échec.

L’année passée a vu deux épisodes exceptionnellement graves de pollution : cinq jours en décembre, dix jours en mars. Tout le monde s’en souvient.

Ces épisodes graves ont donné lieu à des mesures improvisées, comme la circulation alternée, de peu d’effet ou, en tout cas, d’un effet qui n’était pas à la hauteur de l’enjeu ; Jean-Didier BERTHAULT y reviendra tout à l’heure.

Il y a aussi eu la baisse de la vitesse du périphérique, dont tout le monde conviendra, là aussi, que les effets ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.

Donc, la Municipalité fait face à son échec mais, tous ensemble, nous faisons face à l’urgence. Les experts s’accordent maintenant à dire que nous perdons chacun en moyenne six mois d’espérance de vie, du fait de la pollution chronique, de la pollution de fond. Ce poids est important ; j’y reviendrai.

Face à cela, qu’est-ce qu’on propose ? Un peu d’inaction, beaucoup de communication. On ne combat pas la pollution à coup de communication.

Dans ce débat, votre seule ligne de défense se résume à la défausse : la défausse vers les politiques nationales, la défausse vers les autres institutions ou les autres organisations. Nous avons eu des débats récemment sur un sujet qui revient régulièrement dans la politique nationale, qui est celui du taux de diésélisation. Il est trop élevé en France. Enfin, je le crois. En tout cas, il est tbeaucoup plus élevé que la moyenne des pays européens. On peut débattre à l’infini pour savoir de qui c’est la faute et la simple observation de la courbe de l’équipement des ménages en diesel vous montrera plutôt que cela s’est passé au tournant des années 2000.

Mais une chose est sûre : alors que, au moment du Grenelle de l’environnement, avec des mesures appropriées, comme le bonus-malus et surtout comme la prime à la casse, qui a eu un impact fort sur la limitation du taux de diésélisation avec 1,2 million de voitures mises à la casse, il faut savoir qu’un diesel de 2009 émet 50 fois moins de particules qu’un diesel de 1999. Au moins, on limitait les dégâts.

En tout cas, vous nous dites vouloir vous mobiliser auprès du Gouvernement pour inverser cette tendance. Permettez, au regard du bilan modeste depuis deux ans de ce Gouvernement en matière d’écologie, de douter !

Alors, pourquoi cette défausse vers le national ? Sans doute pour ne pas assumer un bilan accablant et ce vœu, ici, sonne comme un aveu.

Deux chiffres.

La part du diesel, d’abord, dans les carburants consommés par la Ville de Paris. En matière de diesel, évidemment, il y a la question de savoir ce que l’on possède comme véhicule et puis, il y a la question de savoir ceux que l’on utilise. Si on a une voiture diesel et une voiture essence, on a un taux de diésélisation de 50 %, mais si on n’utilise que la voiture diesel, on empoisonne un peu toute la journée.

C’est ce qu’a fait la Ville de Paris : la part du diesel dans les carburants consommés par les véhicules de la Ville est passée de 30 % en 2006 à 45 % en 2012. Ce sont les chiffres de la Chambre régionale des Comptes d’Île de France.

Un autre chiffre, illustratif lui aussi : les bennes et véhicules techniques pour les ramassages d’ordures. On a pu entendre, ici ou là, l’argument : « Mais oui, c’est compliqué, on ne trouve pas tous les véhicules nécessaires en non- diesel ». Une partie des arrondissements est gérée en régie pour la question des ordures, une autre l’est en délégation de service public.

Comment se fait-il que dans les arrondissements qui sont en délégation de service public, seulement 7 % des bennes et véhicules techniques soient diesel, alors que dans les arrondissements qui sont en régie, 25 % des bennes et véhicules techniques sont diesel ?

On peut, on pouvait, depuis plusieurs années déjà, faire autrement. Ce sujet a d’ailleurs donné lieu, ce n’est pas par hasard, à des passes d’armes pendant la campagne municipale, et notamment avec le vice-président de la Région. Finalement, la question des véhicules électriques, c’est Ségolène ROYAL qui en parle le mieux lorsqu’elle dit : « Tous les bus de Paris devraient être électriques », et qu’elle ajoute : « Il n’y a aucune raison que cela traîne autant ».

Ce vœu donc, est beaucoup un vœu pour la communication et pourtant, la Ville a des moyens d’action. Mais agir, c’est prendre le risque d’aborder les sujets de fond et les sujets de front.

C’est d’abord être innovant. Nous sommes en retard, très en retard, un peu nulle part, sur les bornes de recharge rapide pour les taxis et les camions de livraisons. Et c’est naturellement une condition pour faire évoluer ce parc vers l’électrique.

Être innovant, c’est par exemple prendre le train de l’innovation que nous sommes en voie de rater s’agissant de la mobilité électrique. Nos voisins européens expérimentent déjà la recharge par induction, qui est probablement l’avenir.

Et surtout, aborder les sujets de front, c’est mettre en place la seule mesure efficace, la Z.A.P.A.

Ce n’est pas par hasard si de nombreuses capitales ont aujourd’hui ce qu’elles appellent aujourd’hui en anglais des « low emission zones » : Londres, Milan, Rome, Lisbonne, Berlin, Stockholm, Copenhague.

Mes chers collègues, quand l’alerte pollution est là, il est déjà trop tard. Les mesures d’urgence permettent au mieux d’écrêter le pic ; elles ne permettent pas de l’éviter.

Mais surtout, je le disais tout à l’heure, c’est la pollution chronique, la pollution de fond, la pollution de tous les jours qui est la plus pénalisante, dans la durée, pour notre santé. Il faut donc interdire, de manière permanente, aux véhicules les plus polluantsd’entrer dans Paris. Et commencer par les poids lourds et les cars les plus polluants. Pourquoi ? Car le taux de renouvellement des véhicules professionnels, la vitesse à laquelle ils sont renouvelés , est plus rapide, et c’est donc plus simple car cela peut se faire plus rapidement, mais aussi parce qu’alors que les poids lourds, y compris les cars de tourisme, représentent seulement 2 à 8 %, suivant les voies considérées, des véhicules-kilomètres à Paris, ils émettent 31 % des oxydes d’azote et 17 % des PM 2,5 et des PM 10.

Interdire les véhicules les plus polluants à Paris est possible depuis le Grenelle de l’Environnement. Les décrets ont été pris. Depuis 2012, le dispositif est opérationnel. Deux décrets du 22 février 2012 fixent des sanctions et la liste des véhicules qui sont exclus des Z.A.P.A. Je le rappelle car c’est un argument qu’on entend de temps en temps, que cela ne serait pas prêt. Eh bien, les décrets sont là : ils ont été pris. Il y a aussi un arrêté du 3 mai 2012, qui fixe la nomenclature : tout est prêt et il suffit d’appliquer.

Mais Madame la Maire, dans votre majorité – jusque dans votre majorité -, des voix se sont élevées pendant la campagne pour le dire. À la fin 2011 et au début 2012, Bertrand DELANOË lui-même disait son intention de faire une Z.A.P.A.

C’est le sens de notre vœu : expérimenter un dispositif efficace et opérationnel. Nous vous y appelons solennellement ici. Sortez de vos postures.

Contrairement à ce que vous dites, la Z.A.P.A. est prête : elle peut être mise en œuvre très vite.

Contrairement à ce que vous dites, elle marche : elle est en place dans de nombreuses capitales européennes.

Et non ! Prétendre attendre qu’elle soit mise en place en province est absurde, parce que c’est un outil qui est plus pertinent pour les grandes villes.

Enfin, contrairement à ce que vous dites, on peut très bien la mettre en place sans attendre que la Métropole du Grand Paris ne voie le jour. Elle aura d’ailleurs, depuis Paris, un effet sur la pollution, et donc sur la santé des habitants de l’ensemble de l’aire urbaine.

Renvoyer ce choix à la métropole, c’est en fait se défausser une nouvelle fois.

Bref, il y a dans ce vœu un aveu d’insuffisance et d’inefficacité depuis des années. Ne commencez pas le mandat sur le même pied : mettez en place une Z.A.P.A., entendez notre proposition.

Je vous remercie.