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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la « Stratégie Paris piéton » – Janvier 2017

31 janvier 2017

NKM

Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Cette stratégie « Paris piéton » ne renferme que des objectifs somme toute consensuels. Certains de vos adjoints l’appliquent déjà puisqu’ils se sont mis « en marche ». Enfin, pour le reste , quoi que n’étant pas en marche nous même, nous voterons le texte qui nous est proposé, tout en vous rappelant et en vous disant avec la plus grande clarté, que cela n’emporte pas notre adhésion à la multitude de projets qui sont cités en guise d’illustration et qui devront chacun faire l’objet d’une concertation.

Non, le problème est plutôt ailleurs. Au fil des communications, des plans, au fil des projets, vous opérez une segmentation de la chaîne des déplacements qui ne correspond pas à la réalité du quotidien des Parisiens. Les Parisiens, sont tour à tour piétons, usagers des transports publics, cyclistes, voire automobilistes. Et bien loin de prendre en compte cette multimodalité, vous préférez opposer des modes de déplacements, désigner des victimes expiatoires, rajouter ainsi des tensions sur le dos d’une ville qui est déjà particulièrement stressée. De plus, pour le faire vite, vous le faites à la va vite et du coup certains projets sont mal finalisés, mal montés, ne suscitent pas l’adhésion. Je pense, par exemple, à la liaison sur les quais hauts dont la FNAUT juge le tracé « incompréhensible », c’est embêtant, et pour lequel elle appelle, elle même, à plus de concertation.

Pour rompre avec cela, il faudrait une stratégie globale, une stratégie concertée des déplacements. Songez mes chers collègues que le plan de déplacements de Paris a été adopté en 2007. Il date de 2007 , avant la mise en service de Vélib’ et plus encore d’Autolib’. C’est dire qu’aujourd’hui, il est complètement anachronique. Il nous semble donc urgent de le revoir, en prenant appui sur le plan de déplacements urbains à l’échelle régionale et c’est l’objet du vœu que nous vous proposons.

Pour élaborer une politique de déplacements, il faut en venir aux objectifs – qui n’est pas d’opposer les uns aux autres, mais d’une part de faciliter le développement économique, d’autre part de diminuer la pollution et le bruit. Tout cela en multipliant les opportunités de mobilité. Il ne s’agit pas de se focaliser sur une catégorie de déplacements mais bien de favoriser les alternatives, la multiplicité et l’intermodalité.

La politique de la contrainte que vous pratiquez, dans ce contexte, est largement contre-productive. On le voit avec la fermeture brutale de la voie sur berges rive droite. Il y a, finalement, plus de bruit et de pollution sur les axes de reports que n’en ont été éliminées sur les quais bas fermés à la circulation.

Juste une chiffre, qui me frappe, particulièrement, à cet égard, l’augmentation de plus de 3 décibels du bruit la nuit sur les quais hauts. Plus de 3 décibels ça veut dire plus qu’un doublement. Autrement dit, les riverains des quais hauts sont aujourd’hui légitimes à attaquer en justice parce que le droit est prévu comme ça pour une dégradation de leur condition de vie et de leur condition de santé. Je vous rappelle que le bruit a un impact sur la santé.

Alors il y en a qui soulignent l’hérésie de cette politique, ouvrant les yeux à la faveur du fait qu’ils ne bénéficient plus d’escorte. Vous leur avez conseillé à ceux-là de prendre le métro, dans lequel on ne vous voit pourtant pas souvent pour reprendre une chanson en vogue sur les réseaux sociaux. Ce sera au moins une contribution à la vie artistique de Paris.

Malheureusement pour le reste, vous persévérez dans cette politique stérile. Vous annoncez tous les 4 matins un aménagement non concerté et souvent non financé – pourtant il ne s’agit pas de donner aux Parisiens quelques visuels idylliques pour qu’ils croient que leur ville sera prochainement moins polluée parce que leur ville ils la vivent et ils voient bien comment ça se passe au quotidien. Le quotidien c’est la multiplication des pics de pollution qui montre que cette politique de déplacements est un échec. L’abaissements des seuils d’information et d’alerte ne suffit pas à expliquer que Paris ait connu, le mois dernier, le pire pic de pollution hivernal depuis plus de 10 ans. La ZCR à peine née montre déjà ses limites, elle n’a pas permis d’éviter le pic que nous venons de connaître. Quant à l’’interdiction des véhicules les plus polluants, elle a pris 5 ans de retard à cause de votre lenteur à mettre en place les mesures et les outils issus du Grenelle de l’environnement.

En tout cas, ce mode de gouvernance, cette méthode est facteur de stress pour les Parisiens. Il suffit de les interroger pour constater qu’on est loin de la ville apaisée et fluide qui est vantée dans les communications et même dans celle-ci sur le Paris piéton. La stratégie de coups de communication, doit sans doute avoir un intérêt en matière de communication politique, mais elle conduit les Parisiens à s’interroger sur ce qu’il va leur tomber dessus à l’occasion de la prochaine sortie de votre nouveau journal municipal du dimanche. Cette surenchère permanente frise parfois la caricature. Je pense là à l’idée farfelue qui voudrait qu’une étroite portion de la rue de Rivoli devienne à double sens.

Ville stressée, ville polluée, ville bruyante, Paris ne se ressemble pas. C’est la santé des Parisiens et plus généralement la santé de tous les « usagers de Paris » qui est directement concernée. A l’approche du mi-mandat, il est encore temps de laisser de côté cette obstination pour finalement apaiser la capitale, améliorer la qualité de vie des parisiens, inscrire nos politiques dans le temps long. C’est le sens de notre voeux pour un plan global.