Restez informés

Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la tour Triangle – Novembre 2014

18 février 2015

Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Depuis quelques semaines, l’exécutif est devenu le porte-parole d’Unibail et multiplie les initiatives pour convaincre tant bien que mal des prétendus intérêts de la Tour Triangle.

Je passerai sur l’ironie de la situation, qui a fait perdre à Ian Brossat ses convictions anticapitalistes en chemin, et ne parlerai que du fond.

La Tour Triangle serait tout à la fois un geste architectural, un symbole de la modernité, mais aussi un élément central pour l’attractivité de notre capitale.

Le geste architectural, la modernité, … ce sont exactement les arguments qui avaient été avancés lors de la construction de la Tour Montparnasse : un édifice détesté des Parisiens, qui a été récemment classé 2eme monument le plus laid du  monde. Qui aujourd’hui peut raisonnablement affirmer que la Tour Montparnasse symbolise une quelconque modernité, ou participe à l’attractivité internationale de notre ville ?

Madame Hidalgo n’a manifestement pas tiré de leçon de cet échec majeur. Il faut vraiment manquer d’idées sur ce que doit être la modernisation de l’espace urbain pour vouloir croire que la modernité se niche en haut d’une tour. Je ne suis d’ailleurs pas la seule dans cette assemblée à déplorer ce manque d’imagination, puisque Christophe Najdovski dénonce lui aussi une « vision ringarde de l’urbanisme à l’ancienne ».

En somme, faute de projet réellement innovant, l’exécutif se réfugie aujourd’hui dans le prétexte du « geste architectural » sans lendemain. La modernité se cherche en se réinventant, pas en construisant des tours aux portes de Paris, qui ne feront que souligner une frontière qu’il nous faut au contraire effacer. Et entendre l’équipe municipale qualifier ce geste architectural d’« écologique » est tout simplement le comble de la mauvaise foi quand on sait à quel point les tours en verre sont énergivores.

La modernité ne niche pas en haut des tours, et d’ailleurs l’attractivité non plus. Et pourtant, à entendre l’exécutif voter contre la tour Triangle, ce serait voter contre l’attractivité. Mais on ne peut pas réduire la question de l’attractivité à un projet symbolique. Mes chers collègues, « qu’est ce qu’il y a de plus banal, de plus conformiste, dans une capitale du monde, que de construire une tour, et en plus une tour en verre ? ». Ce n’est pas moi qui pose la question, mais Laurence Parisot, ancienne présidente du MEDEF.

En l’occurrence, ce n’est pas en créant des mètres carrés de bureaux en blanc qu’on améliorera l’attractivité de Paris.

L’attractivité, elle vient de l’énergie que dégage la ville. Et quelle énergie dégage Paris quand la Maire freine des quatre fers sur le travail du dimanche, en créant des commissions dont elle repousse ensuite les travaux ? Alors qu’une simple signature permettrait de créer des milliers d’emplois et renverrait enfin l’image d’une métropole au cœur battant, animée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Là nous ferions vraiment un pas en matière d’attractivité.

Madame la Maire, au-delà de vos mauvais arguments sur l’urbanisme moderne ou encore l’attractivité, votre projet pose un problème de morale.

Un problème de morale pour vous, car des pressions que je ne suis pas la seule à déplorer, ont été exercées sur ce dossier que vous voulez confier à Unibail.

Vous-même vous avez changé d’avis. C’est bien vous, Madame la Maire, qui déclariez en Conseil d’arrondissement en 2008 que « l’idée n’est pas de se retrouver avec des surfaces de bureaux du type de celles qu’on retrouve à la Défense, mais bien d’avoir un site dont l’attractivité soit principalement tournée vers la valorisation des foires et salons à Paris et dans le 15e ».

Dans ce cas, pourquoi avoir abandonné l’hôtel de 300 à 400 chambres, les espaces de congrès, la pépinière dédiée aux salons, les locaux destinés à la formation professionnelle des salariés du tourisme, tout ça pour ne garder que des bureaux ?

C’est une question de morale pour nous, car avec Philippe Goujon et tous les candidats qui ont été élus sur nos listes, nous avons été très clairs pendant la campagne sur notre opposition au projet. Nous voterons donc aujourd’hui conformément à nos engagements.

C’est enfin une question de morale vis à vis des Parisiens. En démocratie, on a le droit de savoir ce que votent nos représentants. Certains invoquent la liberté. Moi je défends la liberté des électeurs de savoir ce que votent ceux qu’ils ont élus.

Pour que chacun prenne publiquement ses responsabilités, nous demandons, de même que le groupe EELV ou le groupe UDI-Modem l’ont déjà sollicité, un scrutin public sur ce vote.

Si jamais vous deviez faire procéder à un vote secret pour dissimuler les désaccords de votre majorité, chacun pourra constater que quand nous défendons la liberté des Parisiens, vous défendez celle des lobbies.

Je vous remercie.