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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur le réaménagement des Berges de Seine – Mai 2015

27 mai 2015

Madame la Maire,
Monsieur le Préfet de Police,

Nous débattons ce matin du réaménagement de la plus belle artère de Paris, la Seine. Notre ville et son fleuve ont un destin commun, comme le prouve d’ailleurs le blason qui orne notre hémicycle. La Seine a donné vie à Paris, depuis que les premiers marchands ont choisi de s’installer non loin d’ici. Les voies sur berges routières ont, en quelque sorte, coupé ce cordon entre Paris et son fleuve nourricier. Cette histoire millénaire nous invite à penser la réappropriation de la Seine avec ambition.

Alors on attendait un grand projet le 5 mai au matin. La déception a été à la hauteur de l’attente ! Lors d’une conférence de presse, improvisée de l’aveu même de l’assistance, vous avez présenté un projet de réaménagement qui a comme un air de déjà-vu. Il se focalise sur les quais bas du fleuve, dans une pâle déclinaison des aménagements de la rive gauche. Le budget consacré à l’opération, 8 M€, semble avoir étouffé toute créativité. À titre de comparaison, le réaménagement de la rive gauche avait coûté près de 24 M€, dont 8,4 M€ pour le seul archipel végétal aujourd’hui mal en point. La réversibilité des aménagements, indispensable pour faire face au risque de crues ne doit pas être un handicap. Il s’agit au contraire d’un défi pour tout urbaniste ou architecte qui se saisirait de ce dossier. Encore faut-il faire appel à eux.

Vous avez lancé l’appel à projets « reinventer.paris » pour offrir à des équipes pluridisciplinaires 23 sites sur lesquels ils peuvent exprimer leur créativité. La rive droite de la Seine méritait au moins un concours similaire.

Je dis la rive droite, car on ne peut réduire la focale aux seuls quais bas, sous peine de passer à côté de l’enjeu.

Les quais hauts forment déjà une ligne de vie incontournable pour les Parisiens et les visiteurs de Paris. Je laisserai le Maire du 1er arrondissement, Jean-François LEGARET, décrire leur caractère unique. L’évidence commande de les valoriser. Or, votre projet les condamne. Déjà exposés à des niveaux de pollution et de nuisances sonores élevés, les habitants et commerçants subiraient les conséquences d’un report de trafic considérable.
Ces contraintes nouvelles et excessives seraient permanentes pour des aménagements qui, eux, ne seraient utilisés que de manière occasionnelle. Ce site unique mérite mieux qu’une succession de snacks communs à toutes les destinations touristiques du monde. Il devrait consacrer au contraire la relation si étroite entre notre ville et la culture, entendue dans sa plus large acceptation.

Nous avons voulu apporter notre contribution au débat pour vous inviter, madame la Maire, à élargir la concertation. On ne peut réduire la consultation des Parisiens à la seule question de la fermeture du tunnel des Tuileries. Fermeture assez absurde quand on sait que la mise aux normes Mont Blanc a coûté plus de 10M€. D’ailleurs, votre projet n’évoque même pas la question de leur réutilisation.

La proposition que nous versons au débat consiste à changer de philosophie. Vous avez avant tout choisi de fermer une voie à la circulation avant d’examiner quels aménagements pouvaient y être construits. Nous avons pour notre part préféré identifier les sites les plus intéressants pour les Parisiens (quai de la Mégisserie, square du Port de l’Hotel de Ville, square Henri Galli) pour adapter ensuite les flux de circulation. Cela conduit à faire circuler les voitures dans le Tunnel des Tuileries plutôt que le long du Louvre par exemple. L’alternance entre les niveaux de quais permettra de desservir les quartiers traversés tout en réduisant la place accordée à la voiture individuelle polluante.

Nous avons refusé la linéarité artificielle pour lui préférer le mouvement, en tirant profit des plus beaux espaces pour les valoriser.

Le changement des comportements demande du temps, nous en avons conscience. Notre proposition s’inscrit dans un temps long, sûrement plus d’une mandature. Il faut prendre le temps d’aboutir à une vision partagée qui a vocation à s’étendre au-delà des 1er et 4e arrondissements voire à l’échelle de la métropole. La Seine ne s’arrêtant pas aux portes de Paris. Ainsi, Florence BERTHOUT souhaite également mettre en valeur les quais du 5e arrondissement oubliés des précédents projets. Valérie MONTANDON exposera, dans quelques minutes, la continuité nécessaire des aménagements avec le 12e arrondissement.

Ce temps long sera également mis à profit pour bâtir les alternatives en transport en commun, seule politique qui réduira durablement la circulation intramuros. Les sujets ne manquent pas puisque tous les projets ont pris du retard, qu’il s’agisse de la ligne 14, mais aussi de la ligne 15. Pis, certains projets sont prêts, mais ne sont pas financés. Les RER E et la ligne 11 pâtissent de l’abandon de l’écotaxe et du refus, madame la Maire, de vous engager sur leur financement.

Cette ambition nécessite un engagement budgétaire important, mais réaliste. Je rappelle qu’aux 8 M€ annoncés pour votre projet, il faut ajouter ce qui a déjà été dépensé en rive droite à fonds perdu avec votre projet, à savoir 12 M€ de travaux de voirie. Au lieu de créer une vie économique quelque peu artificielle et bas de gamme sur les quais bas, nous nous reposerons sur la commercialité des quais hauts. Cela serait nettement moins coûteux. À titre d’exemple, la transformation de la maison des Célestins et de la culée du pont Alexandre III étaient annoncés à 9 M€ en 2010. Il faut également y ajouter les frais de fonctionnement importants, puisque les aménagements en quai bas seront démontés à chaque crue. Une solution pérenne est sur la durée nettement moins coûteuse.

Madame la maire, nous avons déposé un amendement pour ouvrir les modalités de la concertation. Les Parisiens semblent avoir accueilli favorablement notre contribution. 75 % des internautes du parisien.fr ont manifesté leur intérêt à ce que les quais haut soient intégrés dans le débat de ce matin. Vous appelez fréquemment à plus de démocratie participative. L’occasion vous est ici donnée de prendre en compte l’envie des Parisiens. Nous vous invitons donc à inclure les quais hauts dans un appel à projets pour un réaménagement global et cohérent de la rive droite. Il faut donc prolonger la concertation de deux mois. C’est assez indigne de ne consacrer aux rives de la Seine que quelques semaines de réflexion en plein cœur de l’été.

Refuser cet élargissement du débat, sous prétexte que l’initiative est portée par votre opposition, serait un cruel aveu de sectarisme. Les rives de la Seine méritent à l’évidence une vision partagée à la hauteur de leur singularité.

Je vous remercie.