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Intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet sur les attentats – Novembre 2015

23 novembre 2015

(Seul le prononcé fait foi)

Madame la Maire,
Monsieur le Préfet de Police,

Nos plaies sont à peine pansées que nous sommes réunis ici en Conseil de Paris. La menace terroriste nous oblige à dépasser collectivement les postures pour renforcer la sécurité des Parisiens. Notre douleur, anesthésiante dans les premières heures, nous intime à l’action pour éviter de vivre de nouveau l’horreur.

Brutalement, nous voici revenus aux premières semaines de janvier. Même colère, même incompréhension, mêmes interrogations. Tout a un air de déjà-vu et dans le même temps, tout est différent. Un mode opératoire inédit sur le territoire national, une simultanéité glaciale des attaques et bien sûr le choc profond d’un nombre de victimes décuplé. Cette gradation morbide horrifie les Parisiens. Dans le même temps, ils nous adressent un message fort en continuant d’incarner ce style de vie si particulier à notre capitale. Combattre sa peur, c’est déjà résister.

Nous nous félicitons que notre proposition de consacrer une partie de nos débats à cette actualité ait été finalement acceptée par l’exécutif. Tous les Parisiens que nous côtoyons ont ce flot de questions, d’inquiétudes et de doutes à l’esprit. Pas une conversation sur les lieux de la vie parisienne, que certains ont voulu atteindre le 13 novembre, ne fait l’impasse sur ce sujet.

Il y aura un avant et un après 2015. On le savait déjà au lendemain des attentats de janvier. Il est maintenant urgent d’en tirer les conclusions. Il est illusoire de penser qu’on assurera la sécurité des Parisiens en 2016 de la même façon qu’en 2014. Les formes plurielles de la menace terroriste vous obligent à réinventer une politique de sécurité adaptée.

Nous allons prendre nos responsabilités comme nous l’avons toujours fait depuis le début de ce mandat. Pas un Conseil de Paris ne s’est déroulé sans que nous fassions des propositions en matière de sécurité. Force est de constater que celles-ci ont été systématiquement repoussées, y compris cette année. Aujourd’hui, mes collègues Philippe GOUJON et Frédéric PECHENARD vont vous formuler des propositions que nous jugeons prioritaires. Nous vous demandons d’ailleurs leur traduction concrète dès le budget 2016 sur lequel nous allons débattre dans les prochaines semaines.

En effet le débat d’orientations budgétaires que nous avons eu est désormais caduc. En quelques semaines seulement, tout a changé. La sécurité devra occuper une place centrale dans la construction du budget 2016. Il n’est pas pensable d’envisager une nouvelle baisse de la contribution de la Ville de Paris à la Préfecture de Police, après celle déjà intervenue en 2015. La proposition de l’indexer sur le nombre de PV nous semble encore moins compréhensible, puisqu’elle réduit la Préfecture de Police à la seule mission de verbalisation du stationnement au moment où elle doit au contraire élargir ses missions. Conscient de ce défi, le président du Conseil régional, monsieur le Préfet de Police, vous a proposé un concours exceptionnel du Conseil régional pour faire face aux besoins nouveaux.

Madame la Maire, nous sommes conscients que l’impasse budgétaire à laquelle vous faites face risque de réduire vos marges de manœuvre. C’est pourquoi nous vous proposons de consacrer l’enveloppe prévue pour les budgets participatifs 2016 à la seule question de la sécurité. Ce ne serait pas remettre en cause la démocratie participative, tant la sécurité est la priorité numéro un des Parisiens. Aujourd’hui, ce n’est pas la végétalisation des rues qui leur importe, mais leur sécurisation pour continuer de vivre comme avant, autant que faire se peut.

Ces 75 M€ initialement prévus pour le budget participatif permettront de financer les investissements désormais prioritaires : sécurisation des accès des établissements scolaires et de la petite enfance, déploiement de nouvelles caméras de vidéoprotection, acquisition d’équipements de défense pour les agents exposés et prémices d’une véritable police municipale.

Nous devons sortir des politiques habituelles pour apporter des réponses nouvelles à des besoins inédits. Un concours financier pour l’AP-HP ne doit pas être exclu pour l’acquisition de matériel de médecine de guerre. La sensibilisation des Parisiens aux réflexes à adopter en cas d’attentat doit également être améliorée. Je crois que nous pouvons compter à cette fin sur l’exceptionnelle générosité des agents de notre collectivité. A moyen terme, la question de la répercussion des attentats sur l’économie parisienne, je pense évidemment au tourisme, devra être traitée.

Madame la Maire, monsieur le Préfet de Police, nous attendons des mesures fortes dès les prochaines semaines. L’unité nationale ne peut pas être faite de mots, elle se construit à coups de mesures partagées. Vous versons nos propositions au débat ce matin. Je crois qu’une ou plusieurs réunions de la 3e commission doivent désormais être programmées pour préparer d’ici le prochain Conseil un véritable plan pour la sécurité des Parisiens et visiteurs de Paris. Vous le savez, vous nous trouverez toujours à vos côtés dès qu’il s’agira de prendre toute mesure pour renforcer la sécurité des Parisiens.

Je vous remercie.