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Intervention de NKM sur la MIE interculturalité – Mai 2017

11 mai 2017

Paris

 

Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Les travaux engagés dans le cadre de la MIE interculturalité ont été riches d’enseignements. Moi qui pensais naïvement que nous partagions la conviction qu’il existe une culture française, diverse, plurielle mais bien réelle et parisienne, je fais le constat de la divergence idéologique qui nous sépare.

Le cycle de réflexion qui a été mené révèle malheureusement  avec clarté la politique culturelle qu’une partie de votre majorité souhaite mener à Paris. Et elle porte un nom. Un nom qu’on a tendance à servir pour un rien ces temps-ci mais qui prend tout son sens. Madame Hidalgo, je vous le dis d’emblée, si vous suiviez les recommandations du rapport vous choisiriez d’encourager et de financer une politique communautariste.

Oui, c’est comme ça que l’on caractérise le fait d’attribuer des enveloppes non pas au titre d’un projet, d’une discipline, d’une forme artistique, d’un artiste, d’un lieu, mais au nom d’une identité culturelle sous couvert d’une prétendue différence. Cela vous le justifiez au nom d’une certaine lecture du principe d’ouverture de la ville. C’est en réalité une assignation à résidence identitaire qui est une faute mais aussi une erreur factuelle car d’une part aucun Parisien ne se définit uniquement par son origine, et d’autre part la très grande majorité d’entre nous est riche de plusieurs.  

Madame la Maire, personne n’a le droit d’assigner les gens à résidence identitaire. Parce qu’en France nous respectons une valeur cardinale qui s’appelle la liberté et que l’auto-détermination est un principe et non un luxe. C’est donc faire un terrible procès en fermeture d’esprit aux Parisiens que de les envisager incapable de vivre ensemble dans le respect de leurs différences.

Nous avons tous plusieurs cultures et nous devons valoriser cette réalité, pour pouvoir en faire, enfin, une force.

Pour apprécier cette diversité, nous devons apprendre à estimer notre exception française à sa juste valeur. Cette culture qui s’exporte et se célèbre dans notre propre langue aux quatre coins de la planète. Dire cela, c’est estimer la culture française et le creuset qu’elle représente. C’est vouloir valoriser sa consistance. Ce n’est pas nier l’existence d’autres cultures sur le sol français, ni les mettre en opposition les unes aux autres. C’est aussi valoriser le fait que notre culture commune est le fruit de métissages, témoignant des aventures plus ou moins heureuses de notre trépidante Histoire de France.

Et c’est d’ailleurs parce que nous sommes Français, parce que nous vivons dans un pays qui a toujours accueilli les personnes en quête d’un refuge, d’une terre où d’un destin que nous ne pouvons accepter la politique culturelle que vous souhaitez imposer à Paris.

Nous avons toujours valorisé le dialogue entre les cultures. Car s’en tenir à son groupe d’appartenance, c’est se recroqueviller sur des identités héritées et absorbées telles qu’elles. Sans esprit critique, sans possibilité d’émancipation individuelle, la culture ne peut pas jouer son rôle naturel. Et quel dommage, puisque la culture c’est avant toute chose, la clé vers l’autonomie – un refuge donc autant qu’un défi.  Mais c’est aussi un choix. Une lecture du monde que l’on construit en additionnant en conscience, les influences. En choisissant pour soi et avec les autres sa propre identité.

La définition d’interculturalité, je tiens à le rappeler est la suivante : c’est l’ensemble des relations et interactions entre des cultures différentes générées par des rencontres ou des confrontations, qualifiées d’interculturelles. Ce n’est donc pas un manifeste pour subventionner n’importe quoi au prétexte de la sauvegarde de particularités culturelles. Non, l’interculturalité ça devrait plutôt être un encouragement à se considérer et s’apprécier tel que l’on se construit.
C’est en construisant des digues que l’on recroqueville les individus sur eux même. Et c’est en différenciant que l’on provoque la rancoeur et la haine. Alors Madame la Maire, pour permettre un réel dialogue entre les cultures à Paris, à partir de notre socle commun, plutôt que segmenter les énergies en différenciant les identités culturelles, unissez les particularités pour libérer les personnes.