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Intervention de Philippe Goujon sur la vidéoprotection – Septembre 2015

30 septembre 2015

Madame la Maire,
Monsieur le Préfet de Police,

On dit que tout vient à point à qui sait attendre. Tout un chacun pourra ici témoigner de ma constance et celle de mon groupe à demander une tranche supplémentaire de caméras. Et ce depuis la première tranche du PVPP que nous avions adoptée ici même en 2009. Nous sommes quand même extrêmement déçus par le caractère très limité de cette tranche complémentaire.

L’exécutif semble d’ailleurs déterminé à démontrer que ce n’est pas une nouvelle tranche, mais plutôt des « ajustements » ou « un aménagement du PVPP existant ». Tout est prétexte à en minimiser la portée  pour ne pas trop choquer les élus verts et communistes de cet hémicycle, voire certains socialistes. Cachez donc ces caméras que je ne saurais voir ! Mr Macron avait déjà bien noté les problèmes de majorité de Mme Hidalgo sur des sujets essentiels ! Un de plus aujourd’hui au détriment  de la sécurité des parisiens…

L’objectif se limiterait ainsi à équiper notamment les nouveaux quartiers apparus depuis 2011. Je n’ai pas le sentiment que le quartier Beaugrenelle soit sorti de terre au cours de la dernière mandature, mais plutôt  dans les années 1980 ! Vous allez même jusqu’à inventer des caméras anti pollution ! en guise de danse du ventre devant les Verts !

Visiblement, tout ce travail ne paie pas, puisque deux groupes de votre majorité ont déjà fait savoir qu’ils voteraient contre ce plan.

Il nous est  proposé d’ajouter seulement 165 caméras. La Préfecture de Police, sur l’insistance de certains maires d’arrondissements, avait pourtant accompli un lourd travail pour recenser les implantations supplémentaires de caméras pour accroître l’efficacité des forces de l’ordre sur le terrain. Au moins 240 emplacements avaient ainsi été identifiés. Nous regrettons que la tranche complémentaire ne corresponde même pas a minima à ce nombre, lui-même d’ailleurs  très insuffisant.

Un constat : madame la Maire, la sécurité des Parisiens n’est pas votre priorité. Vous prétendez  vouloir réformer le statut de Paris pour exercer plus de prérogatives. Commencez déjà par exercer pleinement les pouvoirs qui vous sont dévolus aujourd’hui !

Et ne lésinez pas quand il s’agit de financer la sécurité des Parisiens. L’an dernier vous avez déjà diminué le budget de la PP, y compris pour la première fois celui de la BSPP. Aujourd’hui, faute d’engagement financier satisfaisant et aussi pour des raisons politiciennes, seules 165 caméras seront ajoutées au PVPP. Les 75 caméras, réclamées comme indispensables par la PP, n’auraient coûté que 2,6 M€ supplémentaires, une somme assez faible au regard de l’apport de cet outil.

Même si la Ville finance à 50 % cette extension du PVPP, cela ne  porte qu’à moins de 5 % le financement de la Ville sur l’ensemble du PVPP déployé fin 2011, puisqu’elle n’a financé que 4% du plan 1000 caméras.

L’efficacité de la vidéoprotection ne peut pourtant plus être contestée. 10.000 interpellations depuis 2012, Paris doit rattraper son retard. Certains élus de votre propre camp semblent en avoir pris conscience plus rapidement que vous. Gérard COLLOMB a ainsi proposé en 2014 d’implanter à Lyon 100 caméras supplémentaires d’ici 2020, soit une augmentation de 24 %. Lyon comptera ainsi prochainement 1 caméra pour 945 habitants. Si on appliquait ce ratio à Paris, il faudrait 2.400 caméras environ. Je n’irai pas jusqu’à  demander l’application du ratio niçois, qui nous conduirait à déployer plus de 6500 caméras. Sans même parler de Londres avec ses 75.000 caméras reliées à Scotland Yard…

Les sites sensibles à équiper ne manquent pas. Il est encore impossible d’organiser de véritables vidéopatrouilles, à cause des nombreuses zones blanches du dispositif et de suivre efficacement l’auteur d’un flagrant délit. Je reprendrais le fait divers du tireur de Libération. Sa trace a été perdue à proximité des Champs-Elysées, sur l’artère la plus fréquentée de la capitale. C’est grâce aux 10.000 caméras du réseau RATP que ce dernier a été identifié en plusieurs points de la capitale, notamment dans une station du T3. J’en profite pour souligner l’absolue nécessité d’équiper les rames des métros et RER en caméras, pour assurer la continuité de la vidéoprotection sur la totalité de la chaîne de déplacement.

Je déplore également que l’extension du PVPP ne se fasse pas sur le domaine des bailleurs sociaux. Jean-Didier BERTHAULT y reviendra, mais il est indispensable d’assurer la protection des parties communes des ensembles sociaux. Paris Habitat expérimente ainsi dans l’ensemble des Périchaux (15è) le déploiement d’une dizaine de caméras. [[Or, quelle ne fut pas ma stupéfaction de constater que les caméras enregistrent des flux qui ne sont pas retransmis vers les équipements de la Préfecture de Police. Je rappelle pourtant qu’un amendement que j’avais porté à la LOPPSI II permet aux agents de police de visualiser en temps réel les caméras des bailleurs sociaux. Il est pourtant fondamental que la Police puisse intervenir pour faire cesser les occupations illicites et les trafics en tout genre.]]

De même, la question de la protection des bâtiments municipaux sensibles est posée. La Ville doit protéger ses propres installations sportives, culturelles,  administrations sociales.

Nous devons aller  beaucoup plus loin sur le partage des caméras. Lors de son audition au sein de la 3e commission, le comité d’éthique du PVPP soulignait l’insuffisance des échanges entre PP, RATP, grands magasins. Ce PVPP l’évoque rapidement, il faut renforcer les échanges d’informations et réaliser un plan d’équipement de l’ensemble de la zone de police d’agglomération avec 5000 caméras cofinancées par la Région et les départements.

Voilà ce que serait une véritable politique de développement de la vidéo protection à Paris, bien au-delà d’une très timide avancée que nous voterons quand même puisque vous n’avez pas de majorité pour faire adopter cette nouvelle tranche de caméras à Paris.