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Intervention de Philippe Goujon sur le plan vélo – Avril 2015

15 avril 2015

(Seul le prononcé fait foi)

Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers de Paris,

La promotion de l’usage du vélo auprès des Parisiens est une volonté partagée par tous. Chacun reconnaît que la circulation alternée- par ailleurs si difficile à décider !- ne suffira pas à éviter les pics de pollution de plus en plus nombreux à Paris, déclarée pendant quelques heures ville la plus polluée du monde… Au lieu d’une diminution de 6 mois de l’espérance de vie des Parisiens, la pratique du vélo permet, selon l’OMS, de diminuer les comorbités liées à la sédentarité de 30 à 50%, un kilomètre parcouru à vélo représentant 1 euro et 21 centimes de dépenses de sécurité sociales économisée.

Vous proposez le triplement de la part modale vélo à l’horizon 2020, objectif louable, mais je suis au regret de vous dire que les mesures locales d’augmentation des pistes cyclables- dont les trois quarts seront en réalité des partages de voirie-, ou la réalisation de stationnements, ne suffiront pas à l’atteindre si des mesures autrement plus ambitieuses ne voient pas le jour, telle l’indemnité kilométrique vélo, qui figure depuis 2012 dans les préconisations du plan national vélo que j’avais remis à l’époque au Ministre des transports.

Cette mesure a pu être introduite par un amendement transpartisan dans le projet de loi de transition énergétique, et voté contre l’avis du Gouvernement. La Mairie de Paris pourrait utilement soutenir cette démarche dans l’intérêt des Parisiens et en préalable de la COP 21.

L’expérimentation qui en a été faite a démontré l’impact sur les changements de comportements, l’indemnité kilométrique ayant entraîné une hausse de 50% de la part modale du vélo, attirant près de 20% d’automobilistes, dont 5% d’autosolistes et 9% d’usagers de deux roues motorisés.

Nous vous invitons donc aussi à accélérer les changements de comportements en soutenant les entreprises parisiennes qui appliqueront l’indemnité kilométrique vélo à leurs salariés.

La Mairie doit montrer l’exemple en offrant l’indemnité kilométrique vélo à ses personnels, comme cela existe déjà pour l’abonnement Vélib’- depuis que j’ai fait introduire cette mesure dans le code du travail en 2008-, en complément de la prise en charge de l’abonnement transports.

Elle devrait également s’engager, comme le propose un amendement transpartisan à la loi de transition énergétique, à équiper la flotte de véhicules municipaux en vélos à assistance électrique à hauteur d’au moins 2%.

Et puisqu’une autre disposition législative en voie d’adoption va encourager le développement des flottes vélo d’entreprise, il faut que la Mairie expérimente, comme nous vous le proposons dans un second vœu, sur le modèle Londonien, le programme Cycle To Work par lequel des entreprises permettent outre-manche à leurs salariés d’acquérir des vélos et équipements à prix réduit par leur intermédiaire avec un paiement échelonné sans frais. En 5 ans, c’est pas moins de 112 000 tonnes de CO2 qui ont été économisées.

Dans les mesures que vous nous proposez, vous pouvez aussi aller plus loin :

  • Rendez possible le cumul de la subvention pour l’achat d’un vélo à assistance électrique et d’un vélo cargo, car une fois le changement de comportement de mobilité acquis, il faut ensuite le maintenir en accompagnant l’usager dans les différents stades de la vie, et notamment quand la famille s’agrandit.
  • Étendez aussi cette aide aux vélos spéciaux, qui permettront de restituer des possibilités de mobilité aux personnes à besoins spécifiques, comme les personnes âgées, et aux professionnels comme les artisans, ce qui permettrait de réduire les difficultés de stationnement alors que vous avez fait exploser les tarifs.
    Alors que la dissuasion contre les vols de vélos joue un rôle essentiel dans l’acte d’acquisition, la Ville devrait offrir la procédure de gravage par bicycode dans le cadre de sa subvention, ce qui serait logique puisque l’association qui la propose est hébergée à la maison du vélo.

L’intermodalité passe autant par l’offre de stationnements sécurisés à proximité des gares SNCF et RER, que par d’autres incitations. 
Si je me réjouis que vous ayez approuvé ma demande de stations Véligo à la gare Montparnasse et aux arrêts du RER C, la distance d’implantation des stationnements par rapport aux voies ferrées doit être raccourcie de 800 à 100 mètres, alors que vous vous y êtes opposés lors des débats du PDUIF.

La rivalité entre le STIF et la RATP empêche aujourd’hui les Parisiens de bénéficier enfin d’un titre de transport intermodal TC- vélib’-autolib’, comme cela existe à Nice et à Bordeaux.

L’amélioration de l’offre de stationnements sécurisés ne peut se réduire à proposer des consignes Véligo et à une modeste subvention permettant d’acquérir quelques arceaux vélo.

Dans le Grenelle 2, j’ai fait adopter un amendement rendant obligatoires les stationnements sécurisés pour les vélos dans les immeubles neufs d’habitation et dans les immeubles de bureaux neufs ou en rénovation. 
Même si l’arrêté d’application n’est toujours pas paru pour cette dernière catégorie de bâtiments alors que l’obligation est entrée en vigueur depuis le 1er janvier, vos services devraient en tenir compte dans la délivrance des permis d’urbanisme.

Afin d’inciter les copropriétés des immeubles anciens, majoritaires à Paris, à réaliser ces aménagements, et comme la Ville sait trouver les moyens d’expérimenter de nouvelles solutions, comme elle l’a fait récemment dans le domaine du logement, un de nos vœux vous recommande d’user du droit d’expérimentation des collectivités territoriales en abaissant la fiscalité locale, sur les particuliers- taxe foncière-, ou sur les entreprises- cotisation à la valeur ajoutée des entreprises et/ou cotisation foncière.

CONCLUSION :

Tout en vous assurant de notre soutien à ce plan, l’adoption des vœux techniques que nous vous soumettrons vous permettront de « changer de  braquet », pour que le vélo devienne l’alternative la plus simple et la plus rapide aux modes de transports polluants.

Les enjeux sont vitaux et de la bonne coopération entre la Ville et les Mairies d’arrondissement, dépendra la réussite de votre plan qui manque d’ambition en itinéraires cyclables comme en stationnements sécurisés ainsi qu’en financements puisque vous y engagez avec la région 100 millions d’euros quand le grand Londres y consacre plus d’un million d’euros.

Il faudra enfin, dans la réalisation de ce plan, veiller à ne pas dresser les usagers les uns contre les autres, comme ce fut trop souvent le cas dans le passé, mais, au contraire, poursuivre l’application du Code de la Rue, initié par le gouvernement Fillon, et qui a véritablement acté le partage de la rue autour de la notion de priorité de l’usager le plus vulnérable, en l’accompagnant d’une communication adaptée.