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Intervention de Pierre Auriacombe sur la MIE « Fabriquer à Paris » – Septembre 2015

2 octobre 2015

Merci, Madame la Maire.

Naturellement, comme mon collègue, je voudrais aussi remercier les équipes de M. BRUN pour la qualité de leur travail qui nous a vraiment aidé dans cette M.I.E. Je voudrais remercier bien évidemment tous les experts, les chefs d’entreprise, les fonctionnaires qui ont pris le temps de nous expliquer, de détailler leur expérience, de nous propulser dans le passé ou le futur, et surtout de nous faire part de leurs propositions. Nous nous en sommes largement inspirés et merci à eux.
Bien également, pour conclure avec les remerciements, merci à tous les membres de la M.I.E. Cette M.I.E. s’est déroulée dans un excellent esprit et, avec Nicolas BONNET-OULALDJ, son président, nous avons pu travailler dans un très bon esprit et j’y reviendrai.

Voilà, Madame la Maire. Ce rapport est maintenant terminé. Il est entre vos mains. Plus de 80 auditions, comme vous le disiez, une douzaine de visites de terrain qui aboutissent à un rapport de 220 pages, 54 préconisations, 54 propositions.
Je voudrais insister sur un point et vous l’avez dit. Ce rapport a été voté à l’unanimité, majorité et opposition. Certes, ce n’est pas une première dans l’histoire des M.I.E., mais ce qui est nouveau, c’est que de la première partie, l’historique, ce qui est assez classique, aux préconisations, tout a été voté à l’unanimité. Il n’y a pas de document complémentaire à chaque groupe, ce qui est souvent l’usage dans le cadre des M.I.E. Ici, un seul document voté à l’unanimité, vous en conviendrez, Madame la Maire, il n’en a que plus de poids, plus de valeur.

Aussi, maintenant que vous avez ce rapport, vous avez le choix, Madame la Maire. Soit le ranger dans l’armoire des rapports oubliés, et les rapports oubliés en France sont nombreux. Je ne suis pas sûr qu’il reste encore de la place dans l’armoire ! Soit au contraire – c’est ce que l’on souhaite tous ici et je suis persuadé vous aussi – le prendre en compte, le faire vivre ; c’est forcément cette solution que l’on souhaite. Nous serons participatifs. Nous, nous vous accompagnerons, mais nous serons également vigilants dans la suite de ce rapport.

Avant de rentrer dans le détail et dans le détail de quelques préconisations, je voudrais insister sur un point et vous en avez parlé.

C’est le point fondamental qui ressort de toutes ces auditions : la troisième révolution industrielle. Nous avons connu la première révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle, la deuxième à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, tous nos experts qui sont ici nous ont parlé de cette troisième révolution industrielle qui va faire des évolutions de production, des évolutions de comportement et des évolutions dans notre mode de vie.

C’est cela, la troisième révolution industrielle et nous en avons déjà parlé, l’imprimante 3D en est le symbole : produire, reproduire à côté de chez soi, produire en ville, à Paris, des objets qui sont aujourd’hui fabriqués à l’autre bout du monde, c’est aujourd’hui possible et cela sera demain une réalité économique. Suppression des frais de transport, des livraisons, du stockage, adaptation du produit à la demande. Nous sommes dans une démarche de développement durable ; nous sommes en plein dedans.

Mais c’est également cette troisième révolution industrielle des centaines d’artisans qui fabriquent à Paris, qui réparent à Paris.

C’est le boulanger qui fait son pain ou le cordonnier qui répare nos chaussures. Il vous appartient, Madame la Maire, de les aider à rester à Paris. Il vous appartient de faire évoluer Paris en ce sens, sortir d’une vision de la fin du XXe siècle pour nous projeter dans les 20 à 30 ans qui viennent. Pour cela, dans les minutes qui me restent, je vais souligner quelques propositions. Bien évidemment, la première d’entre elles, « Fabriquer à Paris », est primordiale. Elle a d’entrée fait l’unanimité.

Vous remarquerez, pour l’anecdote, que nous avons choisi de conserver en français « Fabriquer à Paris », alors que pour travailler dans cette M.I.E. il fallait mieux être anglophone au milieu des « open city », des « clusters » et des « do it yourself ». Nous étions mangés par l’anglais. Nous avons choisi, nous, de défendre le « Fabriquer à Paris » en français. C’était pour l’anecdote.

Je souhaite surtout, et ensuite, souligner les préconisations qui vous sont faites en matière de foncier. Sans surprise, il ressort de toutes les auditions que le foncier est une difficulté majeure de nos entrepreneurs. Qu’ils soient entreprises de i-tech ou artisans, il est pour eux indispensables de rester dans Paris à proximité de leurs clients, mais le foncier les empêche trop souvent cette évolution, voire même mène leur entreprise en péril.

Bien sûr, Madame la Maire, vous n’êtes pas inactive et vous travaillez avec votre adjoint, Monsieur MISSIKA, sur des « clusters » et autres coopératives. C’est bien, mais est-ce suffisant face au défi de la troisième révolution industrielle ? Il y a là, Madame la Maire, un choix de ville, un choix de société. Voulons-nous privilégier le seul habitat, comme le fait trop souvent votre adjoint à l’urbanisme, ou au contraire privilégier une ville où l’on vit à Paris, on fabrique à Paris, avec une logistique urbaine adaptée et rénovée, avec des modes de déplacements doux ?

J’en suis convaincu, c’est également votre souhait, mais il convient maintenant de le réaliser. Il faut quelque part choisir entre la quantité et la qualité, et choisir la qualité. Aujourd’hui, Paris est une ville de 2.200.000 habitants qui s’étend sur 105 kilomètres carrés. Nous en avons déjà parlé : c’est l’une des villes les plus denses du monde. Avons-nous vocation à revenir aux 3.000.000 du début du XXe siècle ? Je ne le pense pas. Il conviendra dorénavant de fabriquer à Paris avec, face au seul logement, donner une priorité au « Fabriquer à Paris ». Les espaces libres devront voir se développer des espaces partagés où travailleront des jeunes ou des moins jeunes chefs d’entreprise, artisans et créateurs. Pour cela, il faudra libérer de l’espace.

Je cite d’ailleurs le rapport dans les préconisations 18, 19 et 20 : « Profiter de l’opportunité que constitue la modification du P.L.U. en 2015 pour reconquérir des espaces au bénéfice d’activités de production ».

Je cite toujours le rapport : « Procéder à un rééquilibrage économique des différents types d’activité entre l’Est et l’Ouest ». Oui, il faudra faire aussi des « clusters » à l’Ouest. Cela passera sûrement par l’Arc de l’innovation et nous en parlons dans le rapport.

Je m’arrête un instant sur la préconisation n° 16 : promouvoir la transition énergétique en soutenant la rénovation thermique des immeubles. Oui, dans les 20 à 30 ans qui viennent, il conviendra de rénover nos immeubles et notamment à la veille de la COP 21.

Souhaite-t-on voir des milliers de camions transportant des tonnes de gravats vers l’extérieur de Paris, ou ramenant des marchandises ou, au contraire, comme on a pu le faire à côté de chez nous en Seine-Saint-Denis, traiter cela sur place ? Pour cela aussi, il faudra libérer de l’espace.

Pour conclure, je conclurai par la dernière des préconisations : la création d’un comité de suivi des préconisations de la M.I.E. Je ne doute pas de votre intention, Madame la Maire, de la réaliser, mais je souhaite que ce comité soit doté de réels outils de suivi, de tableaux de bord chiffrés sur un réel suivi. C’est ce comité qui nous permettra demain de s’assurer du succès de ce rapport « Fabriquer à Paris ».

Merci.