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Intervention de Thierry Hodent sur la MIE Périscolaire – Mai 2016

25 mai 2016

(c) Photo Martin Bureau/AFP

Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Je tiens avant toute chose à souligner l’implication de chacun des membres de cette MIE qui a été conduite dans un esprit constructif pendant près de 6 mois. Je tiens aussi à saluer le Président de cette MIE, Jean-Baptiste Menguy, ainsi que Madame Barathy-Elbaz, rapporteur de nos travaux, pour votre investissement sans faille dans cette mission qui nous a été confiée. Je tiens également à saluer le travail remarquable effectué dans des délais souvent très courts par les services de la MIE.

Nos travaux ont donc porté, vous l’aurez compris, sur la politique périscolaire de la Ville de Paris qui a connu de grands chamboulements avec la mise en œuvre d’une réforme d’ampleur dès la rentrée de septembre 2013. Si la conséquence première de cette réforme fut la création de deux plages périscolaires de 1h30 les mardi et les vendredis, elle a également appelé un effort de recrutement sans précédent pour la Ville afin de répondre aux exigences du cadre qui a été retenu pour la grande majorité des temps périscolaires : l’accueil collectif de mineurs (ACM).

Des moyens humains considérables ont donc été déployés par la Ville et ce dès la rentrée de septembre 2013. Trois ans plus tard, les chiffres parlent et témoignent de cet investissement considérable puisque ce sont plus de 2 300 agents titulaires et 2 800 contractuels qui ont ainsi été recrutés depuis 2013 pour participer aux activités périscolaires. Entre 2012 et 2015, les effectifs de la DASCO ont ainsi augmenté de 33% ! La DASCO compte d’ailleurs à ce jour 11 333 agents permanents, dont 8 334 personnels titulaires et 2 999 contractuels auxquels se sont ajoutés de janvier à octobre 2015 plus de 13 000 vacataires.

Les équipes d’animation ont ainsi vu leurs effectifs budgétaires augmenter de 61% depuis 2011 ! Cette phase de recrutement, toujours en cours, était indispensable mais très lourde pour les finances de la Ville. En 2014, la masse salariale de la DASCO s’élevait à 421 millions d’euros et pas moins du quart de ce montant étant destiné aux personnels d’animation.

Alors Madame la Maire, au regard de ces quelques chiffres, nous serions en droit d’exiger une qualité à la hauteur de ces dépenses trois ans après la mise en œuvre de cette réforme des rythmes éducatifs.

Les travaux qui ont été conduits ces derniers mois par les membres de notre MIE ont cependant permis de mettre en lumière un décalage certain entre des investissements humains et financiers conséquents que nous aurions pu croire être gages de qualité en dépit d’une réalité plus contrastée sur le terrain.

Premier point et non des moindres, il n’existe pas de filière d’animation en France qui se résume en réalité à l’obtention d’un BAFA et/ou BAFD comme c’est le cas pour les animateurs Ville du périscolaire, pour ceux qui en sont titulaires…car tous ne le sont pas, il faut bien le rappeler.

Je tiens d’ailleurs à souligner que le BAFA et le BAFD sont des brevets et non des formations diplômantes que la Ville ne souhaite pas dispenser, faute de moyens, à ses animateurs comme l’a rappelé Virgine Darpheuille, directrice de la DASCO lors de son audition par la MIE !! Le rapport de la MIE fait d’ailleurs référence au BAFA comme étant une « qualification nécessaire mais insuffisante » pour ses personnels.

C’est pourtant ces formations qui ont été privilégiées pour une très grande majorité de vos animateurs qui encadrent chaque jour les petits parisiens et qui ont reconnu lors des auditions que malgré quelques jours de formation à droite et à gauche, un socle initiale solide et complet de compétences serait la bienvenue pour qu’ils puissent mener à bien leurs missions.

Alors Madame la Maire, comment expliquez-vous que de l’aveu même de vos services, ces formations dispensées à vos personnels restent insuffisantes pour pouvoir proposer des contenus pédagogiques solides et cohérents à tous les parisiens, et ce trois ans après l’application de la réforme à Paris.

Durant nos visites sur le terrain, nous avons ainsi pu observer des ateliers ARE de grande qualité, ce que nous n’avons pas manqué de souligner dans le rapport mais nous avons également pu être confrontés à certaines situations plus paradoxales comme cette ASEM qui animait un atelier d’anglais car elle avait auparavant travaillé dans une agence de voyage ou encore cet atelier dans une école du 9ème arrondissement qui consistait à se faire des passes avec un ballon en mousse pendant 1h30…

Nous constatons donc trois ans après l’application de la réforme que vous avez engagé la Ville de Paris dans un effort de recrutement très lourd pour vos finances mais nous avons encore du mal à percevoir quelconque retour sur investissement. Il vous aura tout de même fallu une MIE, 85 auditions et plus d’une dizaine de visites sur le terrain pour avouer votre échec dans la formation des personnels qui évoluent chaque jour au côté des jeunes parisiens.

Toujours plus de recrutements, toujours plus d’investissements, toujours plus d’autocongratulation mais pour quels résultats Madame la Maire ? Ce n’est pas le travail des animateurs que nous remettons en question mais bel et bien les conditions d’accès à des formations de qualité qui répondent aux exigences de leurs activités !

Vos personnels réclament plus de formations diplomantes ? Nous aussi ! Vos personnels réclament moins de temps partiels et plus d’emplois stables ? Nous aussi ! Pour nous répondre, nous le savons, vous allez brandir haut la main quelques sondages, ceux qui vont dans votre sens mais la réalité des chiffres n’est pas celle du terrain Madame la Maire ! Oui , les départs en formation de vos animateurs augmentent, oui, vous déployez des moyens considérables pour le périscolaire, les chiffres en témoignent.

Nous ne sommes pas dans le rejet systématique et automatique de votre politique, preuve en est le déroulement de cette MIE dont les préconisations ont été adoptées à l’unanimité. Nous sommes cependant bien plus sceptiques sur les résultats que vous optenez, en témoignent quelques préconisations formulées par la MIE :

Poursuite de la politique de stabilisation des équipes d’animateurs dans les écoles en limitant le recours aux vacataires Interpellation du législateur sur la création d’un diplôme d’Etat de formation initiale dans le domaine de l’animation, profitez-en tant que vous êtes au pouvoir !!

Augmentation du taux de titulaires du BAFA et BAFD en incitant les agents à obtenir ces brevets Ces préconisations ont été adoptées à l’unanimité par les membres de la MIE et j’appelle de mes vœux un vote similaire au sein de notre assemblée car trois ans après la mise en œuvre de cette réforme, vous avez Madame la Maire, une marge de progression assez confortable afin d’atteindre vos objectifs pour le périscolaire parisien.

L’application de la réforme des rythmes éducatifs, enclenchée dans des délais très courts, n’a donc pas pu être suivie d’une logique qualitative sur l’ensemble du territoire parisien. L’absence d’une filière spécifique au domaine de l’animation et les faibles exigences de la Ville pour le recrutement de ses personnels intervenant sur les temps périscolaires sont à l’origine de ces inégalités qualitatives.

Plus de qualité, c’est justement ce que nous réclamons pour le périscolaire et cette exigence passe par le recours à des formations diplômantes pour vos animateurs qui agissent chaque jour aux côtés des petits parisiens. Madame la Maire, nous soutiendrons donc les efforts qui répondront à cette logique qualitative qui seule permettra de construire une politique périscolaire cohérente et efficace.

Une réforme appliquée dans la précipitation et le désordre, des moyens colossaux déployés, une MIE pour que vous reconnaissiez vos insuffisances : tout n’est pas perdu pour autant. Nos travaux doivent porter leurs fruits et se concrétiser, faute de quoi vos efforts pour le périscolaire demeureront vains.