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Intervention de Valérie Montandon sur le Programme d’Investissement de la Mandature (PIM) – Décembre 2014

12 février 2015

Madame la Maire,

Le logement est la première priorité des parisiens, c’est un dossier stratégique pour l’avenir de Paris.

Mais avec vous, la réalité est toute autre.

Vous ne faites pas une politique du logement, vous vous servez du logement pour faire de la politique.

Cette politique, c’est le fruit d’un accord irresponsable et dogmatique entre vous et M. Brossat, à qui vous avez confié ce secteur clé en donnant ainsi un blanc-seing à son obsession idéologique : l’éviction des classes moyennes de Paris.

D’un vœu de l’exécutif au début de votre mandature,  « au pacte de logement pour tous » en juin, et à présent le PIM, le logement est proclamé à coups de communication, mais pour quels parisiens et avec quels moyens ?

Vous n’avez qu’un seul axe, qualifié sobrement « de politique volontariste d’acquisition », chacun comprendra qu’il s’agit de la préemption à laquelle vous greffez l’arme fatale du DPUR, le droit de préemption urbain renforcé.

Sous ce vocable technico-juridique, jaillit en fait une spoliation en règle, organisée méthodiquement par vos services, et financée lourdement avec la fiscalité des parisiens pour leur imposer  de manière unilatérale et autoritaire l’ entrisme  immobilier de la Ville au sein de copropriétés privées.

C’est le principe de la double-peine, le parisien paye très  cher une politique qui va nuire à sa qualité de vie et à son pouvoir d’achat.

Oui, Madame la Maire la préemption dans le diffus est très coûteuse, et le PIM nous livre à cet égard une information significative : 850 millions sont  programmés sur la mandature  au compte foncier pour servir de « tiroir-caisse » à ces opérations.

A cet effet, dès 2015, 130 millions seront destinés à acquérir plus de 8 000 logements inscrits sur votre « liste noire » de 257 immeubles, 8 000 logements dont vous ne chiffrez à aucun moment ni l’achat, bien plus élevé dans le diffus, ni le coût de gestion, complexe et onéreux  au sein de ces copropriétés, 8 000 logements qui, assèchent encore le marché immobilier, dévaluent les biens qui les entourent et éloignent davantage les investisseurs, 8000 logements dont vous ne précisez à aucun moment le conventionnement à venir.

Mais vous ne vous contentez pas de la préemption dans le diffus, vous reconventionnez à « marche forcée » près de 3 000 logements « survivants » des parcs libres et intermédiaires de Paris Habitat et de la RIVP.

Deux délibérations DLH à l’ordre du jour de cette séance, lourdes de conséquences pour les classes moyennes, présentent la requalification massive de ces logements libres et intermédiaires en PLAI, PLUS, et à la marge 30% de PLS qui ne sont pas des logements intermédiaires.

L’addition est douloureuse à cette séance, vous décidez la préemption de 8 021 logements dans le diffus,  vous reconventionnez 2 926 logements libres et intermédiaires, soit au total 10 947 logements en moins pour les classes moyennes, voilà le résultat de votre politique.

Madame la Maire, même votre prédécesseur qui a utilisé largement le compte foncier en 13 ans pour préempter des immeubles entiers, refusait en revanche la préemption dans le diffus parce qu’il connaissait sa mécanique coûteuse en investissement et en fonctionnement. Vous devriez vous en rappeler.

Au lieu de cela, vous persévérez dans l’erreur, et dans une stratégie inefficace.

J’en veux pour preuve vos relations avec le gouvernement ou vous jouez le rapport de forces… mais les résultats se font attendre notamment en matière de cessions de terrains, que l’Etat -crise économique oblige- se refuse à brader.

Alors, faute de foncier disponible, vous préemptez,  vous conventionnez à tout va, mais que faites-vous pour les 170 000 demandeurs de logements sociaux, le double de 2001, qui attendent toujours une amélioration de leur situation ?

Pourtant, une autre politique est possible, Madame la Maire, celle que nous proposons, et que réclament désespérément  les parisiens  issues des classes moyennes.

Il faut un plan d’action crédible, certes avec des moyens importants, mais utilisés autrement. Nous voulons un choc de l’offre au service d’une construction dynamique et équilibrée par des logements intermédiaires, étudiants, sociaux pour enfin mettre en œuvre une réelle mixité sociale.

Aussi, je vous invite à prendre l’attache de M. Macron qui vous détaillera les mesures de son projet de loi en vue « de véritables politiques locales en faveur du logement intermédiaire ».

Madame, la Maire, pour qu’une ville progresse et rayonne, il faut des classes moyennes, mais celles-ci, de par votre politique, désertent la capitale et notamment les arrondissements de L’Est que vous avez contribué à ghettoïser, cela provoque une vraie fracture.

Je vous demande donc avec tous les élus de mon groupe de revoir d’urgence votre copie, de renoncer à ce PIM inadapté à l’urgence de la situation et de changer de politique du logement.

Je vous remercie.