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Canal Saint-Martin : l’urgence d’agir – Par Déborah Pawlik

29 juillet 2015

© Jean-Pierre Étienne

Les étés se suivent et se ressemblent. Peu à peu les rues de Paris se vident et se transforment, les quartiers animés s’apaisent au fur et à mesure que la chaleur vide la capitale de ses habitants. Mais il est des quartiers que rien n’épargne au cœur de la période estivale. Le Canal Saint-Martin fait partie de ceux-là. Il est minuit, et des jeunes ivres d’un alcool qui a coulé trop vite se lancent dans une énième session de djembé au bord de l’eau. Ils rient, ils crient, et peu à peu d’autres jeunes viennent les rejoindre. A côté d’eux un couple vient de partir, laissant derrière lui les traces d’un pique-nique dont on peut parfaitement deviner le contenu puisque les sacs de chips et autres bouteilles n’ont pas suivi le mouvement, abandonnés au pied du Canal.

Le Canal est l’un des plus beaux joyaux du 10e arrondissement, une bouffée d’air en plein Paris quand la capitale s’échauffe. Il y fait bon s’y retrouver, en famille, entre amis, pour quelques heures conviviales autour d’un pique-nique.

Mais le Canal Saint-Martin a aussi sa face cachée, celle des nuits et des lendemains qui déchantent.
Chaque soir c’est le même rituel : une fois la seconde partie de soirée entamée, pour tous ceux qui, eux, vivent au Canal Saint-Martin, l’enfer commence. Ni le double-vitrage ni les boules quiès ne feront barrage au vacarme continu, la nuit sera comme toutes celles qui l’ont précédé, parsemée des cris des occupants éphémères du Canal.

Et le matin suivant ne sera pas plus glorieux : les mégots se compteront par centaines sur les rives, les paquets de chips entamés se retrouveront dans le Canal, accompagnés par des cadavres de bouteilles qui y ont été jetées sciemment par jeu ou par bêtise.

Il n’est pas une semaine sans que les habitants ne nous fassent part de leur exaspération quant aux nuisances ainsi décrites. Des nuisances que je connais d’autant mieux que j’habite moi-même dans ce quartier.

Le Canal Saint-Martin doit demeurer un lieu de vie et d’attraction, c’est évident. Mais les habitants doivent aussi pouvoir jouir de la quiétude à laquelle ils ont droit. Nous ne pouvons accepter la démission du maire du 10e et de la maire de Paris sur cette question. En juin 2014 déjà, j’avais réclamé en conseil d’arrondissement un plan d’urgence pour le canal Saint-Martin, visant à permettre aux riverains de retrouver un peu de tranquillité, et au site de ne plus être victime d’une pollution croissante. Las, circulez il n’y a rien à voir, la mairie du 10e préfère fermer les yeux et se boucher les oreilles, et a voté contre cette demande qui n’était pourtant que l’écho des attentes légitimes de ceux qui vivent et aiment ce quartier. Pour seule action on dénote quelques sacs papiers distribués et des panneaux prônant une consommation raisonnée d’alcool. De quoi évidemment amuser davantage les jeunes fêtards que les dissuader véritablement d’une ivresse excessive.

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