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Salle de shoot : l’idéologie n’est pas bonne conseillère ! – Par Déborah Pawlik

24 février 2015

© Le Drenche

Le CONTRE, par Déborah Pawlik

Salle de shoot : l’idéologie n’est pas bonne conseillère !

L’idéologie n’est jamais bonne conseillère. Surtout en matière de santé publique. Pourtant, le projet d’expérimentation d’une salle de shoot dans le 10e arrondissement est une véritable obsession de la gauche parisienne. Un serpent de mer dont l’avancée avait été stoppée net par le Conseil d’Etat en raison de son illégalité. Las, le projet va ressurgir avec l’examen prochain de la loi Santé à l’Assemblée nationale et le cadre juridique sur mesure qu’elle offre à la salle de shoot. Si le texte était adopté, il sera possible dans quelques mois de consommer de la drogue, au 39 boulevard La Chapelle à Paris, en toute légalité.

Les positions sur l’ouverture d’une salle de shoot sont souvent caricaturées. Le pragmatisme est pourtant de rigueur sur cette question d’importance. Et c’est justement par pragmatisme que je refuse une telle expérimentation, ce projet n’étant en rien adapté  à la réalité parisienne et aux besoins des toxicomanes parisiens.

Les exemples étrangers  montrent, en effet, que les salles de shoot ont permis, dans une certaine mesure, de réduire les risques sanitaires liés à la consommation de drogues. Mais à Paris l’urgence n’est pas là, car les transmissions de maladies infectieuses ont diminué avec la mise à disposition de matériels depuis 20 ans.

A contrario, Paris a besoin d’une politique qui offre aux toxicomanes un accompagnement vers le sevrage. Or, ces salles de shoot “entretiennent la dépendance aux drogues au lieu d’aider les gens à s’en débarrasser”, comme l’a dénoncé la Vice-présidente de la Fédération mondiale contre les drogues.

Les zones d’ombre entourant le projet sont par ailleurs nombreuses. Il est question d’expérimentation, mais sur une durée particulièrement longue – 6 ans – et sans la nécessaire évaluation qui devrait l’accompagner.

Des projets alternatifs, de surcroit moins onéreux (le coût de fonctionnement annuel de la salle de shoot serait d’un million d’euros), existent pourtant. Ainsi, la mise en place, en concertation avec les riverains, d’une structure d’accueil, de prévention et de suivi, portée par plusieurs arrondissements, ou à proximité d’un centre hospitalier, devrait être explorée.

Tendre la main aux toxicomanes en impulsant une politique d’accompagnement responsable, alliant suivi médical et réinsertion sociale, voilà ce qui devrait être l’obsession de tous les représentants politiques. Enfermer des personnes en souffrance dans une salle de shoot et dans leur dépendance, ne peut être au contraire une politique digne d’un pays comme la France. Ce serait un simple abandon de la lutte contre la toxicomanie.

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