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Paris Plages : sous les pavés, l’ardoise !

10 décembre 2015

© AFP/ BERTRAND GUAY

EXCLUSIF. La Cour des comptes égratigne la gestion de l’événement estival. Dans un rapport confidentiel, les magistrats relèvent plusieurs irrégularités.

Cinq mille tonnes de sable normand. L’été venu, les berges de la Seine se transforment en plages géantes. Une idée de Bertrand Delanoë, le prédécesseur d’Anne Hidalgo, qui souhaitait « rendre cet espace urbain au citoyen » et « créer ainsi, gratuitement, un moment de convivialité » pour ceux qui « sont privés de vacances ». Quatorze ans que ça dure ! Forte de son succès, l’opération Paris Plages est désormais étendue au bassin de la Villette, l’un des quartiers les plus populaires de la capitale. Mais un rapport encore confidentiel de la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France (CRC d’IDF), que Le Point.fr s’est procuré, pourrait bien écorner l’image de cet événement festif. Les magistrats soulèvent « de sérieux dysfonctionnements » et des « défaillances » dans la « gestion administrative et financière » de Paris Plages. Coûts réels sous-estimés, irrégularités dans la mise en oeuvre des partenariats, factures réglées avec plusieurs mois de retard… La liste des griefs est longue.

« Les évaluations financières diffusées à la presse et au conseil de Paris ne correspondent (…) ni aux dépenses réalisées par les directions pour l’organisation de l’opération, ni au montant des partenariats obtenus », relève la Cour des comptes dans son rapport. Pour faire simple, les équipes d’Anne Hidalgo minorent les dépenses engagées pour Paris Plages auprès des élus de Paris, et des journalistes. Elles sont en réalité « deux à trois fois supérieures aux données communiquées par la Ville », expliquent les auteurs. Ainsi en 2013, Paris Plages n’aurait pas coûté 1,5 million, mais la bagatelle de 4,8 millions d’euros. Une sacrée différence. Dans sa réponse à la Cour des comptes, la mairie de Paris, par la voix de son secrétaire général Philippe Chotard, se justifie en arguant que « les coûts de l’intervention de ses personnels ne sauraient être intégrés dans le bilan financier global de l’opération ».

Un tour de passe-passe


Que les Parisiens se rassurent, la municipalité peut compter sur des sponsors pour l’aider à financer Paris Plages. Reste que tous les accords ne sont pas signés en temps et en heure. Le rapport pointe qu’en 2014, « six partenariats ont été autorisés par une délibération du conseil, un ou deux mois après la fin de l’opération ». Ce qui pousse la Cour des comptes à recommander « d’anticiper la négociation des conventions (…), pour que celles-ci puissent être approuvées par le Conseil de Paris, et signées par les partenaires avant le début de l’opération ». Logique.

Plus surprenant, il est de coutume que certains sponsors se substituent à la ville en prenant à leur charge des dépenses d’organisation. En 2010, la Cofitem-Confimur – une société spécialisée dans l’acquisition et la location de bureaux aujourd’hui rebaptisée Foncière de Paris – s’est ainsi engagée à assumer 50 000 euros HT de dépenses. Les factures ont été directement envoyées à la Cofitem, mais libellées à l’attention d’un agent de la ville de Paris, qui valide ensuite les documents, avant que la société tiers ne procède aux paiements. Un tour de passe-passe qui « contrevient au principe d’universalité budgétaire », assure la Cour des comptes. En clair, la mairie de Paris se sert de ses partenaires pour minimiser ses dépenses en ne les faisant pas apparaître à son budget.

Des marchés publics échus 


Autre anomalie relevée par les sages, certaines factures sont établies plus de trois mois après la fin de Paris Plages. Impossible alors pour les services de la ville de vérifier la réalité des prestations effectuées. Ce n’est pas tout. Les magistrats s’inquiètent également de plusieurs dépassements du montant de marchés publics dans le cadre de Paris Plages. Pour les « cacher », la mairie aurait une nouvelle fois fait appel à un partenaire pour combler la différence, affirme en substance le rapport.
Énième irrégularité soulevée par le document, l’administration parisienne n’a pas hésité, en 2012, à rattacher une facture de 6 590 euros HT – pour la pose des caillebotis en bois – à un marché public passé en 2009. « Ce marché conclu pour une durée deux mois était échu depuis longtemps », atteste la Cour.

La Cour des comptes s’est par ailleurs intéressée à la scénographie de l’événement parisien. Elle a été élaborée, pour la toute première fois en 2002, et régulièrement depuis, par la société Nez Haut. Une entreprise, établie à ses débuts dans le Gard, et dont l’actionnaire principal n’est autre que Jean-Christophe Choblet, un proche de Bertrand Delanoë. Hasard du destin, ce scénographe urbain est depuis juillet 2014 chargé de mission au sein du secrétariat général de l’Hôtel de ville. Un conflit d’intérêts ? Non répond le gendarme des finances publiques, qui assure que tout a été fait pour « neutraliser les risques qui pourraient être associés à d’éventuels conflits d’intérêts ».

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