Restez informés

Pourquoi la fermeture des voies sur berges est une erreur

16 août 2016

Loic Venance

Il y a presque quarante ans, jour pour jour, Claude Lelouch tournait probablement l’un des plus beaux films sur Paris, « Un Rendez-Vous », dans lequel il parcourt Paris en plein mois d’août au volant d’une Mercedes 450 SL, de la porte Dauphine au Sacré-Coeur en huit minutes. A l’heure de l’immobilisation des voies sur berge Rive droite, cette époque où la vitesse et la liberté de l’automobile étaient célébrées semble révolue. Pire encore, affirmer que la voiture reste le principal mode de circulation des métropoles est le plus sûr moyen de se faire ostraciser du débat public et de passer pour un nostalgique de la pire espèce. Pourtant, il est des raisons qui justifient le maintien de voies rapides à l’intérieur de Paris. Ces raisons tiennent au bon sens, au pragmatisme et à la défense des intérêts des Parisiens et de leurs voisins les plus proches. Ces raisons tiennent aussi à la modernité et à la transition écologique de l’automobile.

Premièrement, Paris ne doit plus se vivre comme un îlot privilégié par rapport à des banlieues polluées, dans lesquelles se concentrent les problèmes économiques et sociaux. D’une part, cette réalité est devenue un mythe, au regard de la qualité de vie de nombreuses communes des environs de la capitale (crèches disponibles, parcs entretenus, équipements sportifs de qualité, programmations culturelles…). D’autre part, de nombreuses familles franchissent le périphérique pour acheter leur logement en banlieue, multipliant ainsi les traversées de la capitale entre domicile et lieu de travail. En fermant les voies sur berges partout et toute l’année, la gauche parisienne s’apprête à reconstruire des barrières entre territoires.

Deuxièmement, cette décision est un non-sens économique. L’immobilisation des grands axes d’une ville revient à fragiliser ses entreprises, notamment les plus petites. La transformation numérique de l’industrie, à travers les imprimantes 3D, le maintien de l’artisanat d’art et des filières d’excellence implique de garantir aux entrepreneurs de pouvoir circuler convenablement dans l’agglomération parisienne. Or la fermeture des voies sur berges risque de faire disparaître le tissu industriel de la capitale, qui, bien que dégradé, a un réel avenir aux côtés de quartiers largement piétonnisés et dédiés au vélo. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses villes (Pau, Saint-Etienne, Angers) redonnent une place à la voiture en centre-ville, y compris en privilégiant les voitures propres à travers le disque vert (Reims, Bordeaux, Cannes…).

Troisièmement, la préférence pour les transports alternatifs suppose que leur qualité soit améliorée. En dehors du scooter et du vélo, ce sont le métro, le RER et le bus qui seraient les plus à même de permettre aux habitants du Grand Paris de se déplacer. Encore faudrait-il renforcer la sécurité et la performance technique de leurs infrastructures, bannir les bus au diesel et baisser la pollution de l’air du métro. Et désengorger les rames aux heures de pointe.

Quatrièmement, la transition écologique des grandes villes n’implique pas une guerre à la voiture, mais aux carburants polluants. Lorsque nous disposerons d’une majorité de véhicules propres, circulant à l’électricité ou au gaz naturel, quels arguments trouveront alors les adversaires de la voiture ? Au sommet de l’ère des voitures écologiques, chaque jour plus proche, que dira-t-on des fanatiques anti-voitures, sinon qu’ils sont en réalité plus hostiles à la croissance de l’économie qu’à la pollution de l’environnement ?

La fin des voies express dans la capitale ne concerne pas seulement les défis majeurs que sont l’atmosphère ou la redécouverte des fleuves , mais aussi l’ouverture de la ville au monde. En obstruant encore un peu plus la circulation des voitures, la maire de Paris ne s’engage pas seulement dans un combat perdu d’avance contre un mode de déplacement en pleine mutation. Elle prépare l’isolement de la capitale dans un monde multiculturel fondé sur la rapidité des échanges, rompant ainsi avec la vocation conquérante et mobile de Paris, symbolisée par son emblème, la Nef des marchands.

Alexandre Vesperini

 

Retrouvez l’article des Échos en cliquant ici