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Salles de shoot : la drogue pour tous ?

14 avril 2016

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que la première salle de shoot s’apprête à ouvrir ses portes dans la capitale et que le sujet fait à nouveau débat au Conseil de Paris, Philippe Goujon, député-maire du 15ème arrondissement de Paris, justifie son opposition.


Philippe Goujon est député-maire du 15ème arrondissement de Paris.


Amener les usagers problématiques de drogue à quitter le chemin de souffrance et de désespérance qui les conduit inéluctablement à la misère, à la détresse et à la maladie ; aider à réparer ces vies brisées, parce qu’un jour, un adolescent a croisé un marchand de mort, sont des objectifs qui rassemblent les responsables politiques au-delà des clivages partisans. Cependant, les moyens d’y parvenir divergent.

Tout médecin sait pourtant que nulle intoxication ne peut être traitée par le produit qui l’a créée. Le seul objectif médical possible est donc le sevrage et non l’accompagnement dans la drogue, en cachant plus ou moins les toxicomanes à la vue du public dans des centres d’injection supervisés par l’Etat, financés par la sécurité sociale, et dont l’effet sera d’atténuer le poids de l’interdit et de banaliser l’usage de substances illicites par l’illusion d’une acceptation tacite de la société, à l’inverse de toutes les politiques publiques menées par les gouvernements de droite comme de gauche depuis trente ans.

Contre le fatalisme ambiant, ayons à cœur, dans une démarche optimiste et volontaire, de démontrer aux plus fragiles que loin de baisser les bras, les pouvoirs publics sont décidés à les protéger, s’il le faut, contre eux-mêmes, sûrement pas en les accompagnant dans la drogue, encore moins en leur en facilitant l’accès.

Car les salles de shoot ne sont pas utiles; elles sont mêmes dangereuses.

Ces salles ne sont pas utiles aujourd’hui dans notre pays, car la réduction des comorbidités, telles l’hépatite B et le VIH, a déjà été obtenue par une offre de réduction des risques parmi les plus performantes au monde: accès aux traitements de substitution pour la moitié des toxicomanes, accueil des toxico-dépendants dans plusieurs centaines de structures médico-sociales dédiées (dont 70 à Paris), distribution de 15 millions de seringues et de stéribox chaque année. Le résultat de cette politique menée dans la durée est exceptionnel: division par cinq des décès par overdose, par quatre des contaminations par le VIH, 230 000 usagers suivis régulièrement.

Les (rares) pays qui ont préféré développer des salles de shoot sont très loin d’obtenir ces résultats. La prévalence de la consommation d’héroïne est ainsi quatre fois plus élevée en Suisse, deux fois plus en Espagne et supérieure de 15% en Allemagne ; la consommation de cocaïne a dépassé le million d’usagers en Espagne alors qu’elle est du quart en France.

Cette politique est de surcroît dangereuse, comme le proclament les conventions internationales de lutte contre les stupéfiants auxquelles la France est partie, l’organe international de contrôle des stupéfiants (OICS)- qui recommande la fermeture des quelques salles ouvertes dans le monde-, les Académies de Médecine, de Pharmacie et l’Ordre des Médecins. Elle est un premier pas vers la dépénalisation, voire la légalisation de la drogue que préconisent ceux qui soutiennent l’ouverture des salles de shoot.

Les quartiers environnants risquent de devenir des zones de non-droit, la loi pénale ne s’y appliquant pas.

En outre, les quartiers environnants risquent de devenir des zones de non-droit, la loi pénale ne s’y appliquant pas. Les exemples étrangers de centres en proie aux mafias organisant le trafic et à l’afflux de toxicomanes des régions voisines, comme à Genève, où les pouvoirs publics ont dû restreindre l’accès, attestent du lien entre insécurité et salles de shoot. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les riverains du boulevard de la Chapelle, à Paris, se sont massivement mobilisés contre l’implantation d’une salle à leur porte, soutenus par les élus Républicains du 10ème arrondissement, avec Déborah Pawlick.

Alors que le Gouvernement a décidé de mener une lutte sans merci contre la consommation de tabac et d’alcool et que se succèdent déremboursements de soins et de médicaments, fermetures d’hôpitaux ou de maternités, le million d’euros de fonctionnement de cette salle (plus un million de travaux) serait mieux utilisé à ouvrir des lits supplémentaires en addictologie, à subventionner des communautés thérapeutiques, à renforcer les actions vers les toxicomanes les plus vulnérables, à mieux associer les pharmaciens, etc…

Le pire serait, en troublant le message des pouvoirs publics, de décourager tous ceux, éducateurs, médecins, travailleurs sociaux, dont l’engagement et le métier sont de soigner et de prévenir l’usage de drogues, sans même évoquer les familles au rôle si essentiel, désemparées par l’incohérence d’un Etat donnant l’impression d’accompagner, voire de faciliter la consommation de drogue pour un bénéfice minime et très discutable en termes de santé publique.