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Amendement au projet de délibération relatif à la sécurisation des lieux culturels publics – Décembre 2015

10 décembre 2015

AMENDEMENT
au projet de délibération 2015 DFA 133 relatif à la sécurisation des lieux culturels publics

Déposé par Nathalie Kosciusko-Morizet, Philippe Goujon, Frédéric Péchenard, Brigitte Kuster, Céline Boulay-Esperonnier, Stéphane Capliez, Grégoire Chertok, François-David Cravenne, Catherine Dumas, Nathalie Fanfant, Danièle Giazzi, Thierry Hodent et l’ensemble des élus du groupe les Républicains

Sur le budget d’investissement 2016 :
En dépenses, mission 40000 Culture                        + 6 000 000 €
En dépenses, mission 90013 Budget participatif des arrondissements         –  6 000 000 €

EXPOSÉ DES MOTIFS

Au lendemain de deux vagues d’attentats sans précédent, la Mairie de Paris et la Préfecture de Police doivent traduire dans le budget 2016 la priorité absolue des Parisiens : le renforcement de leur sécurité.
Ce renforcement n’a pas pour objectif la sécurisation en soi mais la défense d’une manière de vivre. C’est au prix de cette sécurisation que les Parisiens, mais aussi les touristes, pourront continuer de vivre normalement. Et c’est au prix de cette sécurisation que l’économie de la culture si importante pour notre métropole pourra revivre.
Un plan local de sécurisation des lieux et événements du spectacle vivant est seul en mesure d’enrayer la déstabilisation à l’œuvre des acteurs publics et privés. En tant que Ville de Paris, il convient de réunir les acteurs, établir un plan avec eux et amorcer le circuit de sécurisation grâce à un fonds spécial. Seront concernés les lieux et salles publiques et privées de la ville car les terroristes, eux, ne font pas la différence entre les tutelles institutionnelles !
Les annonces en termes de « communication sur l’image de la ville paris à l’international » proposées par l’exécutif ne résoudront rien si un plan réel de sécurisation global n’est pas mené.

1/ Le spectacle vivant risque de connaître une crise profonde

En frappant Charlie Hebdo, les tueurs voulaient la disparition du journal. Mais le reste de la presse française n’était pas menacé dans son existence économique. En frappant le Bataclan, l’inverse peut se produire. La salle ré-ouvrira, mais dans quelques mois, des dizaines de producteurs de spectacles, de salles ou de festivals peuvent avoir fermé.
Plusieurs éléments risquent de pousser dans ce sens : la peur du public ; celle des artistes internationaux ; la crainte des organisateurs d’événements, producteurs de spectacle ou gestionnaires de salle, du secteur public ou privé ; la nécessaire prudence des Préfets ; sans oublier l’autocensure déjà active pour sélectionner les spectacles « à risque » à éliminer des programmations, par mesure de précaution. Et tout cela avec le risque, hélas possible, qu’un nouvel attentat visant le secteur ne vienne aggraver la situation.
Au bout d’une semaine, la baisse de fréquentation est générale, jusqu’à 80% dans beaucoup de salles, et les ventes de billets suivent la même tendance.
Concerts et festivals, mais aussi, dans de nombreux cas, pièces de théâtre ou spectacles d’humoristes, sont autant de cibles privilégiées, plus exposées que d’autres lieux de rassemblement du public.
Côté privé, la filière est composée surtout de toutes petites structures, sous dotées en fonds propres, ne disposant quasiment d’aucun actif et d’une fragilité extrême. Côté public, l’essentiel repose sur des collectivités locales qui ont déjà commencé à réduire dans les budgets Culture, mettant en péril des structures et la programmation de spectacles.
C’est donc tout l’écosystème de la filière du spectacle vivant qui risque d’être touché par l’onde de choc en quelques semaines, avec des conséquences irréversibles sur l’emploi et la diversité culturelle, ainsi que sur le maillage du territoire.

2/ Le spectacle vivant change de paradigme de sécurité

Avec ce terrorisme, la question de l’adaptation de tout ou partie des lieux à de nouvelles mesures de sécurité, notamment des infrastructures coûteuses va devenir une nécessité, pour des investissements considérables, hors d’atteinte du secteur privé.
La filière du spectacle vivant a plus que jamais l’envie de se battre, et beaucoup de témoignages montrent que le public veut – et à besoin de –revenir au concert, moment de partage et de plaisir si important en ces temps de crise. Mais pas dans l’insécurité.
Pour ne pas avoir à déclarer un « état de catastrophe culturelle » dans quelques mois, il convient de répondre à l’enjeu rapidement et structurellement, pour rassurer à la fois les acteurs et le public et éviter une spirale redoutable qui pourrait aboutir à l’un des résultats souhaités par le terrorisme islamiste.
L’enveloppe de 6 millions d’euros permettra d’amorcer un processus global de sécurisation des lieux (acquisition de matériel, formations des équipes, recrutement de vigiles, communication envers les publics pour rassurer les parisiens et les touristes). Il ne s’agit pas de payer tous les équipements et les personnels avec cette somme car les salles devront progressivement intégrer dans leurs budgets ces dépenses pour les pérenniser mais de lancer un processus qui intègre toutes les salles (publiques et privées, musique et spectacle vivant, grandes et petites) afin qu’aucun lieu ne soit laissé sur le côté.